C’est chic !

Tu es de dos, assise, au premier plan. Tu portes une robe foncée sans manches, une de celles qu’on a retrouvées dans ta penderie, tu aimais tant les porter, avec une fermeture éclair qui prend son origine au bas des reins et termine sa mission dans ton cou. Tu portes parfaitement ce genre de vêtement, taillé dans une seule pièce de tissu, qui découpe ta taille, souligne la courbe de tes seins et te donne un air à la fois juvénile, frais et chic. Chic, ce mot prononcé par ta mère pour te décrire à chaque fois que tu portais du noir. Le noir, c’est chic, ça te va bien, elle disait avec un grand sourire et des yeux remplis d’admiration. Non, le noir c’est mortifère, c’est triste et c’est facile. Si tu veux faire sérieux et respectable, tu portes du noir, le tour est joué, tu répondais. Tu étais contente de ta répartie, tu avais balayé d’un geste l’opinion insupportable de ta mère pour qui l’apparence prévalait sur tout le reste. Il fallait avoir l’air, donner l’impression de, paraître, donner à voir, faire croire, en un mot mentir. Comme regarder la messe, religieusement, le dimanche matin à la télévision, et puis éteindre l’appareil et commencer à tailler des costards à tout le monde. Charité bien ordonnée, il paraît.

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