L’aveu

Je m’appelle Jane et suis londonienne. Je suis la sœur de Walter, de passage à Paris. Entre deux répétitions de théâtre, j’ai fait un saut pour voir mon frère.

Il m’a dit : « Viens, j’ai besoin de toi ». Inséparables comme nous sommes, j’ai accouru.

A peine arrivée de la gare du Nord, je retrouve au restaurant, Walter, sa nouvelle petite amie Myriam qu’il m’a présentée à Londres l’été dernier, et Victor, mon neveu, le fils de Walter. L’atmosphère est un peu tendue. Walter est blanc comme un linge. Ce que j’ai vite réalisé, c’est que Walter m’a fait venir pour détendre l’atmosphère car il a décidé de présenter Myriam à son fils. Tout un programme !

Nous sommes chez Big Fernand, le restaurant préféré de Victor, qui adore les burgers. La serveuse vient passer la commande.

« Un burger végétarien », dit Walter avec un air d’éternel étudiant, malgré ses bientôt 40 ans. Il est blond, les cheveux clairsemés, la peau transparente et claire, les yeux bleus vifs couleur acier.

Walter est écrivain, grand admirateur d’Hemingway, de Virginia Wolf, de Marguerite Dumas. Il aime les femmes brunes. Il a l’air stressé et ému en même temps. Je le connais bien mon frère, comme les jours de grand oral, à l’ENS, où il voulait absolument avoir la meilleure note. Il jette des œillades bienveillantes sur Myriam, sur Victor.

« Mon burger, un double cheese », crie avec malice et entrain, Victor à Sophie, la serveuse qu’il a reconnue. Victor jette, sans arrêt, des yeux interrogateurs, vers Myriam, la nouvelle amie de son père. Caroline et Walter se sont séparés il y a deux ans déjà et Victor n’a jamais été présenté à aucune des conquêtes de son père, des femmes souvent magnifiques, des mannequins étrangères, des histoires sans lendemain.

Victor a l’air content de rencontrer Myriam. Il sentait que son père avait changé. Du haut de ses neuf ans, il s’était rendu compte que Walter était plus apaisé, calme, radieux. La relation père fils était devenue plus simple, plus fluide. Juste après le divorce, Victor devait supporter un père malheureux, triste, déprimé d’avoir perdu la femme de sa vie et maintenant tout était devenu léger, comme par magie.

Victor était assis en face de la magicienne qui avait redonné la joie de vivre à son père. Il pouvait maintenant regarder des films jusqu’à pas d’heure, chatter avec ses petits copains…

« Un burger XXL pour moi » dit Myriam, la petite amie de Walter. Myriam a les cheveux courts, bruns, l’œil pétillant. C’est une femme simple, lumineuse, amoureuse de Walter, sans aucun doute. Ses yeux bienveillants ne quittent pas mon frère, sauf pour observer une curiosité radieuse mon neveu Walter qui brille de tous ses feux. Myriam est avocate en droit international, Walter l’a rencontré dans un diner d’amis et ils ne sont plus quittés.

Le moment du dessert est arrivé, c’est gâteau au chocolat pour Victor et Myriam, cheese-cake pour Walter. Les yeux brillants de chacun me fait dire que mon frère a réussi son examen de passage. Il est admis avec mention bien. Son jury composé de Victor et de Myriam est ravi.

/ L’aveu /

La tablée est gaie, insouciante et détendue. Chacun a l’air de se connaître depuis toujours. Victor, pour obtenir le silence, tape avec un couteau sur un verre et une petite voix se fait entendre.

« J’ai quelque chose à vous dire ! »

« Papa, Myriam, Jane, j’ai un aveu à vous faire. Je suis heureux. Nous sommes la famille la plus chouette du monde. Bienvenue dans notre famille, Myriam ! ».

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