Un secret embarrassant

Chez Sarah, elle a invité ses amis Yves et Juliette à partager les fruits de mer qu’elle a rapportés de Bretagne. Le père de Juliette est de âssage à Paris, Sarah l’invite également.

André 62 ans

Des huîtres. Pas de bol. Et vu la taille du plateau il n’y aura sûrement rien d’autre. Peut-être seulement du fromage ou un dessert.

Je vais essayer de ne pas me gaver de pain et de beurre, pour ne pas ruinezr les efforts de la semaine. J’irai mollo comme on dit.

« Non merci je suis désolé mais ça n’a aucune importance. Avant c’était une douzaine par personne et 4 douzaines pour André. »

Mais il a changé André, plus le même. Vous ne le savez pas vous autres mais il a pris ses aises, il a pris son envol. Il n’a pas l’air épanoui du tout son Yves… Musicien qu’il est, ben ça doit pas danser beaucoup sur sa musique. Le genre déprimant… On gagne sa vie avec la musique ? Sa copine elle a pas l’air d’avoir des problèmes d’argent en tous cas. Quelle femme. Elle me fiche un peu mal à l’aise avec son regard plongeant. On dirait qu’elle cherche quelque chose. Du calme, redresse-toi. Pas trop non plus. Tes mains. Faut pas faire tâche. Fais pas honte à ta fille.

« Désolé, je croyais que tu savais. Ca fait quelques années déjà. Mais c’est vrai qu’on n’a pas eu tant d’occasions… c’est arrivé d’un coup, allez c’est pas grave du tout, ne vous inquiétez pas pour moi je vais manger du pain et du beurre, avec le vin blanc c’est parfait »

Ben ouais ma poulette, j’ai pas pu tout te dire, mais depuis les médicaments c’est plus possible d’en manger. J’ai développé une sorte d’allergie. Ca me fait gonfler et ça me fait des plaques sur tout le corps. Et pas que ça. Les œufs aussi et les courgettes. Raté, il n’y aura ni fromage, ni dessert.

« Ne vous inquiétez pas je vous dis, je mangerai du pain et du beurre, et la mayonnaise a l’air excellente. Maison ? Je m’en doutais »

Alors lui il se fiche complètement de mon sort. Il bouffe, il avale tout ça d’un coup, sans pain ni rien, il va bientôt finir le plateau.

Ca me dégoûte preque maintenant, cette odeur de marée…

« Non merci ça va aller.»

Ils commencent à me fatiguer ! Moi qui voulais passer inaperçu c’est complètement raté !

«Du taboulé ? »

Quelle idée, ça va pas trop avec le décor, comme quoi, les apparences…

Bon allez je meurs de faim,, le coucous c’est mieux que rien.

« Bon d »accord pour le taboulé, à la santé des réfugiés.»

C’est bien ce qui me semblait, pas drôle son gars. Et elle qui me fixe comme une punaise. Et Juliette, qu’est ce qu’elle a ? Elle est devenue toute rouge… J’ai l’impression que j’ai gaffé avec le couscous. Allez tais-toi un peu, faut pas mettre ta fille mal à l’aise avec ses amis. Faut pas.

« Non merci, vraiment, non, c’est très gentil et puis je crois que je vais rentrer. Ca ne te dérange pas ma Juju que je vous abandonne ? Je suis un peu fatigué. Merci, merci beaucoup. »

Ouf, ma veste, les clés et direction pizza hut.

« Pardon ? Euh oui, à la revoyure…»

Nooon, qu’est ce qu’elle insinue ?

Juliette 32 ans

« Oui !!! Quel festin ! Papa des huîtres, tu te souviens ?»

Il a tellement changé mon père depuis la dernière fois.

Je crois qu’on a bien fait de venir, ça va un peu détendre l’atmosphère entre nous et en plus on va se régaler. Tout est si gênant quand nous sommes tous les deux , on n’a rien à se dire. J’ai un peu peur des réactions d’Yves. C’est drôle, on parlait cette semaine de cette subite envie d’huîtres dès les premiers mois en R. Pavlovien.

Je tombe des nues, il n’aime plus les fruits de mer. C’est fou, lui qui adorait les huîtres ! Chaque Noël, c’était la fête il me faisait goûter, allez au moins une, jusqu’à ce que j’y prenne goût.

«  Mais tu adorais ça avant »

Avant. C’est si loin avant. Quand il est parti, on n’en a plus mangé avec maman. Qu’est ce qu’il va manger alors ? Pas envie de me retrouver à faire mon possible pour que tout se passe bien, comme trop souvent j’en ai presque mal au ventre. Surtout pas de vagues, pas d’éclat. Et Sarah s’est déjà donné tant de mal.

« Il y a aussi des crevettes et les bulots. »

Je n’ai rien à leur cacher. J’espère seulement qu’on n’abordera pas les sujets délicats. Décidément Yves ne fait aucun effort. Il pourrait au moins lever la tête ! Yves a un scalpel dans les yeux et du diamant dans les oreilles, il voit tout, entend tout, quand j’y pense ça me rend heureuse.

« Oui raconte nous Sarah, c’était comment ?  Il y a eu du monde ? »

La prochaine fois je l’accompagne elle m’a promis.

Ils n’ont rien en commun. A part moi. Ils m’ont en commun moi. Et comme ils m’aiment et que je les aime, tout ira bien. Déçue qu’il se teigne les cheveux, j’aurais aimé, je n’aurais pas imaginé ça de lui.

« Papa, tu ne manges plus de fruits de mer, je n’en reviens pas. Ca ne te manque pas?»

Ah ! Bravo Sarah ! Du taboulé ?! Avec des fruits de mer en effet, c’est pas la grande classe mais si ça peut te détendre ma Sarah. Je la connais, elle est effondrée. Elle est capable de se pourrir la vie pour faire plaisir. Merde les refugiés! Au secours ! Je t’en prie Yves laisse pisser, on ne rebondit pas on enchaîne please.

« Alors Sarah c’est pour quand la prochaine tournée ?

Il part déjà ?

« Si tu veux je te retrouve à la maison, tu sauras ouvrir le canapé lit ? »

Yves 47 ans

« Délicieuses. Merci Sarah tu ne pouvais pas nous faire plus plaisir, on en parlait dernièrement avec Juju, en rentre dans les mois en R»

Ca nous fera un peu oublier l’actualité. Ah ah, il n’aime pas ça. C’est étrange mais ne pas aimer les huîtres, pour moi c’est comme un aveu de frigidité. Ouais je sais c’est totalement nul. Pascal me manque cruellement ce soir. Ca me plaisait bien les diners ici, les enfants qui ne voulaient pas dormir, Sarah qui se fâchait et Pascal qui riait, et qui disparaissait avec les enfants juste avant de passer à table, pour leur lire une histoire, courte, pas longtemps pour bien dormir… Il revenait la tête pleines d’étoiles et de tempêtes…. Et nous gavés de pistaches et un peu saoûls, on n’avait plus faim mais c’était sans importance. Ce qui comptait c’éatit la conversation, la joie d’être ensemble.

« Pas de bol. Tu ne savais pas Juliette que ton père n’aimait pas les fruits de mer  ? »

Oh comme tues mal à l’aise ma Juju, je vais faire un effort.

«  Ca vous fait gonfler c’est ça ? »

Moi j’adore. Quand j’étais môme on faisait de grandes balades à vélo, on cueillait les huîtres à même le rocher à marée basse et on ramassait des coulmelles sur la bouse des vaches. Ses joues sont roses de plaisir. Ce soir c’est plus la gêne que le plaisir qui la fait rougir. Je comprends. Aucune distinction ce père. Remarque je vois mal mes parents à cette table, avec ces bougies, et Sarah, splendide, délicate. Tu n’aimes pas les vagues, je le sais ma Juliette mais détends toi, tout ira bien.

« Encore un peu de vin André ? Pour faire des mouillettes »

Je te promets mon amour que je prendrai sur moi jusqu’au bout de ce repas, je ne parlerai pas, je ne provoquerai pas, je laisserai glisser ce qui accroche, même si je trouve ça louche qu’il déboule comme ça dans ta vie après tout ce temps. Il ne mange pas grand chose le papa noël mais il a une bonne descente !

« C’était bien Sarah la Bretagne? Tu ne nous as rien dit. »

Tout à l’heure je leur ferai écouter mon dernier morceau. Surprise. Contrebasse piano, voix, pas plus. A voir, peut être un peu de violon plutôt pour pas trop charger.

Désolé ma Juliette, je pensais que ça vous ferait rire.

«Qu’est ce que vous faites dans la vie ? Il y en a beaucop des réfugiés en Seine et Marne ?  »

Qu’est-ce qu’il raconte avec son grain de semoule collé au menton. Pas envie de parler politqiue avec un type qui n’aime aps les huîtres et qui a un grain de taboulé collé au menton depuis 15 minutes. Qui va le lui dire ? Pas moi, ça c’est sûr. Juliette est trop à gauche, elle ne le voit pas, et Sarah avec sa délicatesse, fera des signes discrtes, mais aps sûr que ce lourdaud va les comprendre. Ma pauvre Juliette, faut pas toujours dire oi dans la vie, ça tapprendra.

« Vous voulez que je vous raccompagne ? »

De rien ma Juliette, je n’y compte pas, d’ailleurs, il n’en a pas du tout envie, je ne suis aps sûr qu’il m’apprécie vraiment en tant que possible gendre.

Sarah 45 ans

« Voilà la surprise ! Achetées ce matin au marché de Cancale ! »

J’espère que je n’ai pas trop laissé d’écailles à l’intérieur. Il a vraiment l’air mal à l’aise le pauvre homme.

« Servez-vous, je vous en prie »

Mais lâche donc Sarah. Oublie.

Peut-être tout simplement qu’il a un sosie que tu croises tous les jours dans le quartier. Peut être qu’il ra tout simplement un petit air de Juliette. Bien caché alors, très diffus… Quelque chose dans le menton, dans l’arête de son nez, mais rien qui pourrait dire qu’ il est son père. Ah les bougies. A qui me fait-il penser ce type ? Juliette n’est pas très à l’aise non plus. Je me demande si je n’ai pas trop insisté. Elle le voit si peu semble-t-il.

« Vous ne mangez pas ? Vous n’aimez pas les fruits de mer ? »

Alors là pas de chance! Et, pas de plan B, rien dans le frigo. C’est toujours la même chose, quand les enfants partent les placards sont vides et j’oublie de faire des courses. Des pâtes. Je lui fais des pâtes ?

« Je suis désolée je ne crois pas avoir grand chose d’autre à vous proposer, je rentre de Bretagne, c’était ma semaine sans les enfants, du coup tout est vide, le frigo et les placards. J’ai des pâtes, ça vous dit ?

Je suis sûre de l’avoir dejà vu. Il ne me reconnaît pas mais moi je l’ai déjà vu. Ah quand quelqu’un me rappelle quelqu’un c’est une obsession, j’y pense jusqu’à ce que je trouve. Ca m’a toujours fasciné les ressemblances. Comme cette fois avec Idriss. Nous marchions dasn une rue d’Avignon et nous avons croisé son sosie. On a fait demi tour, pour le voir encore et Idriss m’a dit qu’au moment où il s’était retrouvé face à lui il avait eu le vertige, comme s’il était devant un miroir et que le miroir ne répondait pas à ses mouvements. Ce type je l’ai déjà vu. A Avignon ? Je dois absolument lui trouver quelque chose à manger. C’est indécent, on ne peut pas manger comme ça devant lui.

« Oui très bien on a eu un temps superbe, la région est magnifique, la rencontre avec le public toujours aussi réjouissante.

Je fais livrer une pizza ?

S : Oh ça m’embête André, je vous commande une pizza ou des sushis ?

Pas fini la barquette de taboulé ce midi. Pas très chic mais pas moins que les pâtes ou la pizza, et les sushis évidemment il n’aimera pas.

« J’ai un peu de taboulé dans le frigo, ça vous irait ? Mais non, pas de manières, allez, un peu de taboulé ?

Impossible de le quitter des yeux, encore plus depuis qu’il a ce grain de taboulé au coin de la bouche. Tenace. Je n’arrive plus à me concentrer. Alors il tombe ? Il va tomber ? Il va finir par le sentir, prendre sa serviette, s’essuyer la bouche. Cette bouche…

Ah ! La Revoyure ! Non !!? C’est lui ?

Pas possible, il ressemble au Monsier dame de la Revoyure.

C’est lui ? Quand j’attends les enfants en bas de chez Pascal, il est là, les enfants l’ont appelé le Monsieur Dame. Avec ses talons, sa robe noire, sa chevelure blonde, ses Vogue. Un peu gauche, un peu vulgaire, et cette bouche trop grande trop rouge. Le père de Juliette… Le Monsieur Dame de la Revoyure. Incroyable ! Je lui pose des questions sur son quartier ? Je vérifie ? Non c »est sûr. Pas la peine de mettre Juliette encore plus mal à l’aise qu’elle ne l’est. Est-ce qu’elle sait ? On ne dirait pas,e lle nous l’aurait dit.

J’en suis convaincue. C’est lui. Enfin c’est elle.

« Non vous partez déjà ? Vous êtes sûr ? Attendez, vous avez un petit garin de taboulé au coin de la bouche là. Tenez. Vous êtes sûr ? Vous ne voulez pas rester encore un peu avec nous ? Yves va nous faire écouter ses dernières chansons. Je vais chercher votre manteau alors.

Bonsoir André, merci d’être venu, désolée pour les huîtres.

A la Revoyure ? »

Incroyable.

« Alors les amis, on a fini ses huitres ? Il est gentil ton papa Juliette. J’espèreq u’il ne s’est pas trop ennuyé. Vous ne vous étiez pas vu depuis quand ? »

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