Un trésor

Dans les poches de mon manteau, sur la table de la cuisine, sur l’étagère du salon, sur le bureau dans la chambre, dans la salle de bain, sous les draps, dans les bouquins et parfois même dans la poubelle, le stress, l’urgence, l’affolement pointent leur nez, systématiquement au moment de quitter mon appartement je cherche mes clés. Un rituel. Ça m’énerve, mais il semble que je ne m’en lasse pas. Chercher la clé. Sortir sans stress, exercice impossible. La mission: faire effort. Ma mère aujourd’hui à l’âge de soixante sept ans, les cherche encore sur le départ avec la même passion. Je flippe. Je reproduis le schéma. Et pourtant, je ne suis pas ma mère. Je suis moi. Je cherche les clés, cela dure des dizaines de minutes, mais une chance, je les retrouve toujours  sous un pull,  dans une chaussette, déja dans la serrure ou dans un bol…cela varie selon l’humeur. Une fois sortie, je continue ma quête, ce matin, je cherche les sensations de mon enfance, les repères lointains, la douceur, le jeu, la vivacité. Je chine dans les tiroirs de ma vie, certains sont encombrants, d’autres si simples d’accès et quelques uns qui m’effraient que je n’ose approcher… Si il n’y a pas de solution, c’est qu’il n’y a pas de problème comme dirait Robert, mon voisin de palier, une phrase un peu bateau mais juste, il a raison finalement… Et moi, Je cherche un homme intelligent, charmant, qui a le sens de l’humour, et qui aime le cinéma. J’annonce! oui je vous annonce mon désir. Je farfouille dans le métro, dans les bistrots, je cours aprés l’amour. L’idéal amour. Je passe du coq à l’âne, mais figurez-vous qu’encore hier, je sors de chez moi, les clés en main, avec trois sacs, oui…j’emporte toujours ma maison avec moi, on ne sait jamais…sans mes chaussures, et oui j’oublie mes pompes, c’est de plus en plus fréquent, oublier ce qui m’aide à marcher dans la cité, alors je souris, comment faire autrement. J’éprouve un besoin essentiel de respirer, de me recentrer dans ces moments de tourbillon, je vais donc au yoga, et biensûr, ça ne marche pas très souvent…car je résiste, la lutte de moi à moi au goût d’acier s’installe et je continue à chercher le sens. J’ai le vertige, j’appelle au secours avec des sourires, des pleurs, des politesses, des drames. Je cherche, je trouve, je crois trouver mais au final je continue de guetter une clé, un amour, une euphorie, un bien être, et je j’escalade ma vie, à en perdre le souffle, je sue, je souffre, je tombe, je me relève, et il m’arrive  d’apercevoir une lumière, un sourire, une tendresse, un accès. Et un matin c’est reparti. Rien. La case départ. Je cherche mon mode d’emploi, le mien, et pas celui de ma mère, ni celui de mon père, ni celui des autres. A la recherche de moi. J’ai quarante ans, je connais très bien le bord de la route mais aussi la légéreté, l’insouciance et ma part d’ombre. Si je continue de m’explorer avec un peu, beaucoup de persévérance, et en étant tendre, odieuse, insupportable, impatiente, je pense trouver un trésor.

AC.

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