Sixty minutes (1)

– Faites attention aux trois couches de rêve.
Elle nous pousse vers l’intérieur, ferme la porte et nous laisse dans une semi-obscurité.
– Trois quoi ?
– Trois couches de rêve, je crois, elle répond en levant un sourcil.
– Une, deux, trois, elle dit en pointant du doigt le chœur.
Je fixe son petit doigt et mon regard emprunte la route invisible qui le relie à l’autel. Une souris, deux souris, trois souris. Elle sait compter, pas de doute.
Je me dis mais que font ces trois souris sur la pierre froide? Non, je dis : mais putain qu’est-ce qu’elle foutent là ces trois bestioles, bordel ? Elle me regarde et plisse la bouche dans une moue de dégoût.
– Language, elle chuchote.
L’église est déserte. J’hésite à dire désertée : tout le monde a fui. Personne ici, pas plus que dehors.
– Il y a un morceau de papier là ! Y’a sans doute un code caché.
– Fais voir ?
Je déplie la feuille sur laquelle des notes sont déposées. Elles pendent aux fils de la portée comme des hirondelles qui attendent le soleil. Est-ce qu’elles attendent le soleil, les hirondelles ?
– Tu as vu, il y a des points noirs au-dessus de certaines notes.
– Et au-dessous des autres, y’a des points noirs aussi.
– Ah oui, c’est vrai. Elle réfléchit et tourne sur elle-même. Tu crois qu’il faut utiliser le grand piano là-bas ? elle me dit sans détacher le regard du grand orgue qui recouvre le mur du porche, au-dessus de l’entrée.
– On peut toujours essayer.
Le son de nos pas ricoche sur la pierre des murs sans pouvoir s’arrêter. Nous marchons vite vers l’entrée de l’édifice. Dans la précipitation, elle renverse un prie-Dieu. Mon Dieu, priez pour nous. Sans déconner, faut prier là, je pense. On a soixante minutes pour sortir d’ici. Sinon…
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