La sagesse

Week-end maussade, la pluie qui tombe sans discontinuer me donne le rythme. Je suis coincée dans mon salon, sur mon fauteuil préféré , et je dois chercher des indices, fouiller dans tous les coins et recoins de moi-même pour résoudre une énigme, comprendre qui je suis. J’ai une heure pour réussir , pas plus et personne pour m’aider.

On peut dire qu’il y a trois périodes dans ma vie, comme dans un « escape game ».

la première , la période rose, jusqu’à mes 22 ans . Une période passée à faire plaisir à mon frère, depuis sa plus tendre enfance , à céder à tous ses caprices sans broncher.
Pendant ce temps, ma mère trop absente , car fragilisée par un lourd passé , ne peut m’aider.
Heureusement , mon père me renvoie une image positive et bienveillante, répond toujours à mes attentes, m’encourage à toutes les étapes de ma vie.
Je suis passionnée de lecture et vis dans une bulle. Je fréquente peu de gens. Je m’échappe de mon quotidien un peu triste, en voyageant au travers des livres.
A 22 ans, je suis une jeune femme rêveuse, une fausse calme, impatiente de vivre plein de choses.

Puis , arrive la 2ème période, la période verte, une bouffée d’air.
Mes premières vacances de jeune travailleuse mettent sur mon chemin, celui qui va devenir le père de ma fille.
Comme je suis influençable et plus jeune que lui, pendant un peu plus de vingt ans , cet homme me modèle à son image. J’ai tout à apprendre. Telle une petite éponge studieuse, je découvre la vie à son contact. Sa joie de vivre, son optimisme débordant me contaminent pour toujours.
Nous profitons de la vie. Notre porte est toujours ouverte, pour nos amis.
Mais l’année de mes 44 ans, tout s’arrête. Il est emporté par une grave maladie.

Cette disparition brutale m’amène directement , sans me donner aucun choix, à la 3ème période, la période orange, la plus délicate .
Seule avec ma fille et obligée de devenir moi-même par la force des choses, pour la 1ère fois de ma vie. Impossible de tricher.
Cela peut prendre énormément de temps. Je réalise que j’ai été  » programmée  » dans mes périodes rose et verte et que je dois maintenant me « déprogrammer « . Que le prince charmant n’existe pas alors que c’est précisément ce que l’on inculque à toutes les fillettes dès leur plus jeune âge.
Après avoir beaucoup donné et rien obtenu en échange , je réajuste mes dons et mes attentes à la baisse. Je sais maintenant que le plus important, c’est moi. Je ne suis pas obligée de faire autant plaisir aux autres. J’apprends à dire non, à faire ce qui me convient vraiment. Je pense d’abord à moi. Serait-ce la sagesse qui pointe le bout de son nez ?

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