Lorsque Baodbil

Lorsque Baodbil, dernier roi de Grenade, fut obligé d’abandonner le royaume de ses pères, il s’arrêta au sommet du Mont Padul. L’air était chargé du fumet des amandiers et de la poussière du Sud. Il regarda au loin et aperçut les dentelles d’Alfacar, jupons de sa mère. A ses pieds se dressait son œuvre inachevée, le tombeau sans dépouille. Il se tourna alors vers Abu Ali, son conseiller de toujours, son frère :
« La première fois que je suis entré dans cette grotte je me suis immédiatement senti chez moi. Tu comprends ? »
Abu Ali hocha la tête.
« Abu, la route sera longue, défoncée, meurtrie. Les pauses seront fréquentes pour laisser reposer nos lombaires malmenées et reprendre notre souffle. »
Abu Ali savait que l’émotion du roi désormais déchu divisait ses entrailles bien nées.
Il s’approcha du roi et commença à psalmodier :
« Ne crois pas que ton chemin soit tracé dans ce désert des oubliés. Tu cherches la porte de ton avenir. Elle n’est pas plus là que dans tes rêves. Elle se dessine dans tes pas lourds et décidés, loin de tous ceux qui te ressemblent et partent sans dire un mot.
Dirige toi vers la grotte. Marche vers la survivante. Vers ce lieu qui tait la peur du réveil des maures. »
 Baodbil s’agenouilla et, dans un geste doux et précis, ordonna à Abu Ali de l’imiter.
 « Abu, j’aimerais que tu pries avec moi. Pour les âmes perdues que nous laissons dans la poussière de nos pas. Pour les collines désertes que nous ne planterons plus. J’aimerais que tu pries pour me pardonner. »
Email this to someoneTweet about this on TwitterPrint this page

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

A propos de l'auteur :

a publié 19 articles aux ateliers de l'heure bleue.