Sixty minutes (4)

– Chers collègues, nous sommes sur la route. C’est un grand jour.
Revoilà la voix de Simone calme et directive.
– Vous êtes aujourd’hui ensemble avec nous pour resserrer les liens de votre équipe, pour créer une atmosphère favorable dans votre entreprise. Au bout du chemin, il y aura la récompense. Patience. Je reviendrai vers vous.
Un rire éclate, un rire nerveux, déplacé et convulsif.
– Calme toi Vivienne.
– Me calmer ?! Tu me fais encore plus rire, avec ta gueule décomposée depuis qu’on est enfermé dans ce putain de corbillard !
Soudain la voiture s’arrête et la porte s’ouvre.
Une main leur tend des foulards. Une main d’homme.
– C’est Nichet ? Oh ! répondez ! c’est vous ??
– Je vous prie de bien vouloir vous bander les yeux. Nous ne sommes qu’à mi-chemin.
– Et si nous ne voulons pas ?
– C’est la règle du team building, vous n’avez pas le choix.
Guy insiste.
– Et si nous ne voulons vraiment pas continuer ?
– Vous resterez seul Guy, tout seul dans la voiture.
Guy se gratte encore très fort le haut de la cuisse, puis il s’arrête, ses yeux pleins d’effroi regardent les autres, sa mâchoire est serrée, il est prêt à bondir.
Résigné, il met le foulard. Noir.
Dehors, il y a cette odeur particulière qui monte de la terre, l’odeur de la campagne après la pluie.
Au loin, les cloches sonnent quinze heures.
– Messieurs dames, nous allons marcher un moment, vous ne risquez rien, nous veillons sur vous.
– Oh ! attendez ! C’est quoi encore cette connerie ?! j’arrête, ça commence à bien faire !
Au moment où Guy va pour retirer le foulard, il sent sur sa tempe un pistolet braqué.
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