Pouah.

J’écris dans les notes de mon téléphone portable. Depuis quelques temps je fais ça, j’écris dans les notes des idées des titres de livres à lire des expos à voir des musiques à écouter, mes notes sont pleines de notes. Saturées. Depuis peu j’écris aussi des lettres. Ce sont des lettres qui disent les choses que je ne sais pas dire a haute voix. Des lettres pour que mes pensées soient claires, pas fouillis et rouges d’émotions ou de confusion. A la fin j’appuie sur le petit carré au bas de la note et je m’envoie ma lettre par mail. Je tape mon adresse et ça arrive sur ma boîte, j’imprime, c’est magique.
Donc ce soir j’écris sur mon téléphone avec pour consigne : entrer dans le détail de ce qui m’entoure.
Face à moi le piano blanc et une partition ouverte. Sur le piano un métronome un zootrope miniature avec des petits bonhommes bleus, un cadre avec une vitre ovale vide, pas encore rempli mais il manque une partie si je me souviens bien, à côté une lampe ronde, grosse boule de lumière, une carte postale en relief comme un pop-up, des jonquilles en pot un peu fanées. A gauche du piano F. est assis sur le grand canapé trouvé la semaine dernière sur le bon coin. Un canapé en cuir marron super confortable. On n’a jamais eu un canapé si confortable. F. est donc confortablement assis dans le canapé tandis que je suis affalée dans un fauteuil, les jambes sur l’accoudoir, pieds nus, les yeux sur le petit écran avec 12% de batterie.
F lit.
Les enfants sont dans leur chambre. Ça chuchote.
De temps en temps F fait pouah, habituellement signe qu’il s’émerveille. Mais ce pouah là est un pouah de déception parce qu’il est suivi de merde et pas de oh la la.
De la subtilité du pouah…
Pas de bol, le livre qu’il a acheté ne va pas l’aider à finir le boulot qu’il doit avoir terminé  « absolument » pour demain.
Ça chuchote plus fort, disons que ça murmure avant de rigoler. Les enfant se racontent des trucs. Ça me fait chaud au ventre qu’ils se racontent encore des trucs comme quand ils étaient petits, le soir avant de s’endormir.
Maintenant ils me dépassent, elle de quelques centimètres, lui de quelques sentiments.
Ils sont beaux savent plein de choses et je m’émerveille chaque jour de ce qu’ils sont devenus. Libres et drôles. Mais présentement carrément  chiants… Taisez-vous ça suffit maintenant.
Besoin de silence pour entrer dans ce qui m’entoure.
Silence.
(Ouf. Ils sont grands mais ils m’écoutent encore.)
Un gros coussin en tissu vert avec des petits triangles blancs. Un fauteuil de velours vert foncé, l’assise aussi est enfoncée. Un escalier en colimaçon avec des marches en bois et une rampe en métal, devant une fenêtre fermée. Une partition sur un pupitre, des percussions, des boites, des fils électriques autour de la clarinette plantée sur sa tige, un encrage géant sur papier buvard de la Victoire de Samothrace avant qu’elle vole, avec des éclaboussures noires dans le dos, une petite table ronde ouverte aux 3/4 collée au mur au dessous de la Victoire, sur la table un ordinateur éteint un clavier une souris et 2 tabourets en bois. Regard circulaire vers le canapé. F n’est plus là, dégoûté de ne pas avoir le bon bouquin. Les enfants dorment. Mes bottes sont étalées au pied de mon fauteuil, mon sac ouvert sur le coussin vert et blanc, une petit table basse avec une tisane qui refroidit, 2 tasses, une pince a cheveux, des feuilles des feutres, un Gaston la gaffe, une autre BD, une boîte d’allumette, j’ai froid aux pieds, je suis vivante, ils dorment, tout est calme.
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