Juillet.

Consigne: utilisez le JE pour écrire un souvenir de quelque chose qui vous est arrivé et qui a été décisif pour vous. Libre à vous de rendre palpable au lecteur l’importance de ce souvenir pour vous…

Stage de théâtre de rue deux semaines dans le Berry. Petite annonce dans Libé. Partir deux semaines faire un stage de théâtre, partir vers l’inconnu, partir loin des autres, partir et découvrir. J’ose. Je m’inscris. Je vais au training de sélection, c’est ok je pars. Jamais je n’aurais cru possible de réaliser ce souhait. Moi qui depuis des années regarde les ateliers théâtre et jamais n’ose frapper à la porte. C’était il y a longtemps. C’était un choix, sortir d’une zone de confort, sortir des joues rouges et de l’appréhension, c’était un choix. Je suis une petite souris, je parle peu, j’observe beaucoup, je joue le jeu, je suis là, je fais comme je peux, je trébuche dans mes casseroles, je me regarde trop, des peurs archaïques me paralysent, je crois disparaitre, je suis minuscule, je pleure. Et je m’exprime, mon texte en main, je prends la parole, le silence m’écoute, les visages me dévisagent, on m’offre la parole, je peux me raconter, je peux exprimer ma fragilité, mon cœur bat très fort, je me dépasse. Je mange avec le groupe, je dors sous le même toit qu’eux, je partage. Je parle, j’ai mal à la gorge, c’est trop, un peu trop, moi qui me dévoile si peu, moi qui ai peur du regard des autres, moi qui me sens vide. Je fais les échauffements, j’écoute mon corps, j’ai mal à la tête, est-ce que je me fais trop violence, est-ce si bon pour moi ?

Le professeur metteur en scène me bouscule, il essaie, tente de faire sortir qui je suis à ce moment précis de mon existence. Avec le recul et avec les années, je peux dire qu’il a créée en moi l’inconfortable, me crier tu veux être comédienne ou pas ! Moi qui ne connais rien à rien, moi qui ne sait même plus pourquoi je suis là, moi qui ai envie de fuir, de rentrer à la maison, mais je reste, telle une guerrière, je fais face. Tu veux être comédienne ou pas, n’a pas de sens, il ne sait pas à qui il parle, il ne connait pas mon histoire.

Je fais un pas, je cherche la sécurité. Etre partie deux semaines, c’est déjà bien, m’inscrire c’est énorme, parler devant tout le monde c’est gigantesque, lui ne le sait pas, je ne me confie pas. Je suis bien seule mais je sais pourquoi je le vis.

Je rentre à Paris mi-juillet avec une angine blanche, je ne peux rien avaler, je me nourris de glace, cela m’apaise, me calme, j’ai mal, je rentre chez moi avec cette expérience, cette découverte de moi, d’un nouveau moi. Je suis dans le salon, allongée sur le canapé, le soleil dans la pièce, l’appartement est silencieux, j’ai fait le voyage intérieur, un de mes premiers, pas le plus doux ni le plus reposant, mais osé. Je suis vivante, le vide a pris ses jambes à son cou, des couleurs nouvelles m’habitent, je ne suis plus la même, je transgresse ma croyance, ce n’est qu’un début.

Une histoire, mon histoire, raconter des histoires.

 

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