j’aime bien un homme

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night_storiessallystorch

Il n’est pas rentré, pas encore ou il ne rentrera pas. Hier, il est rentré tard…

Suis-je totalement perdue pour passer mon temps à cette fenêtre ? Ne me reste t-il plus que ce rectangle orangé la nuit, blanc le jour et noir en fin de journée pour espérer encore ?

Espérer quoi ? Une rencontre ? Une nuit avec lui ? Une vie avec lui ?

Une vie, avec lui ! Tu seras capable toi de vivre encore avec un homme ? Et si il ronfle ? Regarde son portable au lit ? Si il rentre tard, comme il le fait là ? Si il te trompe et si un jour tu ne l’aimes plus comme toujours ? Que cherches tu ? Alors ?

Une caresse, des caresses, une tonne de caresse, un regard, des corps qui se parlent qui se racontent qui se mélangent…

Mais les caresses ça mène toujours quelque part ! Tu sais bien que c’est une voie qui s’ouvre sur autre chose et cette autre chose, tu vas faire quoi avec ? Tu sais bien que c’est cette autre chose qui cloche chez toi ! Oui une caresse… Et tu as tout le bonhomme en entier ! Voilà où ça mène ton désir de caresse. Après il y a le deuxième rendez-vous, ton désir irrésistible de nouvelle lingerie, de désir du désir !

Le deuxième rendez-vous…C’est peut-être le meilleur ! Le risque est plus grand que la digue se rompe.

Pourquoi tu parles de rompre comme ça dès le deuxième rendez-vous, tu en as déjà perdu toi, au deuxième rendez-vous ?

Non à vrai dire non, je n’en ai jamais perdu au deuxième rendez-vous. Non, mais moi si sûrement à chaque fois…

Mais tu perds quoi ?

Bonne question. J’aime bien la perte peut-être ? Ou la rupture ? Ou l’absence ? Oui ça l’absence j’adore l’absence !

Non ! Au deuxième rendez-vous c’est de la présence tout de même. Tu vois tu sais pas ce que tu dis ! Non c’est vrai…

Au 2ème on s’entend dire que des conneries qui nous dépassent, on met le paquet, on sort l’intuition, tout l’extra est de sortie. L’ordinaire au vide ordure. C’est là peut-être où j’y suis plus, moi j’aime l’ordinaire, tu comprends, j’aime l’ordinaire. Me lever le matin, chauffer mon eau pendant ma douche puis mettre France Culture. Bon ça m’arrive de changer, je mets Fip et l’eau après la douche ! Et ensuite je balance à fond l’imprévu. Je quitte le domicile conjugal pour le sort de la surprise au dehors.

Oui voilà j’aime les surprises !

Oui c’est ça ton problème t’aimes trop les surprises. C’est pour cela que tu aimes le deuxième rendez-vous, la surprise est à son comble, tu te surprends toi même d’ailleurs. A enfiler des perles de crèmes sur toi ! Ou pas ! C’est un bon baromètre, avec le temps on se connaît, et on jauge la pertinence de nos dires. Et on a beau dire si on est con au deuxième rendez-vous, tu peux prendre la sortie de côté.

Bon ! Quesque je raconte là avec la lumière dans le dos ! Ça fait une heure que je suis là comme une pauvre fille qui guette… Il va voir ma culotte avec la lumière dans le dos !

Tu le fais exprès avoue !

C’est drôle je suis totalement ambivalente. Avec mon fond de robe, ma combinaison des familles et mon désir coller aux coins des yeux.

Tu vas faire quoi ? Lui faire du morse avec les mains ? L’inviter chez toi, alors que tu n’es pas chez toi ? Tu vas ressortir dans la rue, te revêtir donc perdre le truc irrésistible de la transparence pour t’enfoncer dans la nuit. Allumer la lumière glauque de l’escalier de son immeuble car c’est toujours glauque la cage d’escalier d’un immeuble. Tu vas hésiter l’ascenseur pas l’ascenseur. L’ascenseur, s’il y a une glace, te redonnera l’occasion, si la lumière est bonne de te regarder et ne pas oublier qui tu es… Ou décider à ce moment-là devant ton visage de t’oublier…

Ou bien les marches quatre à quatre !  Non c’est stupide pas au premier rendez-vous.

Il y a les voisins du 5ème qui me regardent ! Ils sont deux ! oh ! la, la !

Ah le voilà ! Je n’ai pas envie de lui ! Qu’est-ce qui me prend ?  C’est ridicule ! Reprends ton livre !  Repars à Haïti avec Dany La Ferrière. Ce n’est pas si mal, une vie à regarder l’écriture de l’autre… Il m’a vu !  Putain !  Je viens de lui faire signe !  Incroyable je n’ai pas prémédité ce geste. Oh ! Je suis devenue complétement folle. Je le vois à peine, c’est quoi ce délire, pourquoi lui ? Ressaisis toi ! Pourquoi lui ? Ça a commencé comment ?

Trouve quelque chose merde, c’est quoi le début ?

Je ne me souviens plus du début, une lumière, peut-être… J’ai toujours été sensible à la lumière depuis l’enfance. J’avais repeint l’abat-jour de facture classique, très classique, dans ma chambre. L’autre jour après la mort de maman, je suis rentrée dans cette chambre, l’abat-jour était là avec sa fresque peinte, rien n’a changé… Il est resté là et le monde a tourné sans lui. Ah oui ! La lumière… Je mettais des bougies. J’adorais les jours avec des coupures de courant, je les attendais, je les espérais, j’avais remarqué qu’à la lueur de la lampe à pétrole mon père et ma mère s’apaisaient, la maisonnée aussi, mon cœur aussi.

Il n’y a pas que la lumière qui m’a amené à me mettre en culotte devant ce type. Son intérieur, j’ai toujours tout pigé d’un intérieur. Je lis dans les frigos aussi bien que dans le marc de café. Je lis dans les canapés dans l’agencement d’un désordre ou d’un ordre. Rien de préconçu, j’aime tout et rien. Ça dépend comment on fricote avec le tout et le rien.

Oui j’aime bien son intérieur, je l’aime bien parce que ce n’est pas le mien déjà. J’aime bien ne pas me retrouver chez l’autre. Et J’aime bien me rendre chez l’autre, voyager chez l’autre. J’aime bien son canapé, j’aime bien sa tasse à café qu’il tient chaque matin, lorsqu’il scrute les feuilles jaunies de ces plantes.

J’aime bien qu’il porte des chemises. J’ai souvent aimé les hommes en chemises. Ah oui c’est vrai ça ! Bon je ne les repasse jamais, j’aime bien un homme qui repasse oui c’est vrai ça !

J’aime bien un homme.

Bon j’arrête !

Tu es devenue complétement mielleuse ma pauvre fille. Tu prends un coup de mescal comme au bon vieux temps, tu t’accroches à la bouteille autant que tu peux et puis tu files en face.

Tu prends l’ascenseur tu demandes au miroir ce qu’il en pense et voilà. On verra bien. Les miroirs c’est bien connu ça n’arrête pas de causer. Faut pas les laisser parler trop longtemps mais on peut leur faire confiance, ils ont un côté réaliste.

Après tu sonnes, non tu frappes ! T’as jamais aimé sonner, ça aussi ça doit s’expliquer, tu frappes et peut-être que tu n’auras pas à causer. Et à quoi bon ? On a dit que de toute façon là on n’est pas au stade de se connaître mais de se reconnaître.

 

Demain, il aura un choc en voyant que j’ai déménagé : c’est donc ce soir ou jamais.

 

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a publié 13 articles aux ateliers de l'heure bleue.