Sœurs sauvages

Tu me vides comme un poisson de rivière sans écailles ; penser à toi ne suffit plus et si je veux de nouveau porter l’immaculé il me faut dès aujourd’hui fermer les yeux et sentir sur mes tempes le souffle de tes colères froides et la moiteur de ton haleine guerrière. Paupières closes je me mets enfin à lire ton être à voix haute. Je sais que tu ne crois plus en rien depuis que les arbres de la révolution plient sous le poids de ta tyrannie aveugle et lorsque ta sanglante faconde atteint la surface de mes lèvres je vois les branches tomber comme s’évanouissent les cheveux d’un condamné. Notre langue te doit les mots de la haine en musique, de la pauvreté saoule. Ta révolution existe encore dans les manuels scolaires d’enfants sans autre histoire que la tienne ; ils scandent ton nom dès que le jour tarde à se lever en claquant du talon dans les allées monumentales qui portent les noms de tes fidèles généraux. Oui, le pouls de ta révolution bat encore sous les ampoules au néon des garages aveugles qui abritent désormais les homards du marché parallèle. Interdire est ton couplet et punir ton refrain mais ma robe quitte le deuil de mes sœurs sauvages un peu plus chaque jour en laissant désormais apparaître la couleur du drapeau espéré que ta mémoire piétine avec un acharnement que seule la folie peut justifier.

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