petit bonhomme

Dors petit bonhomme dors. Il faut tu dois nous allons dormir. Ils dorment tous. Tu ne le sais pas encore parce plein d’histoires de grands t’échappent bien sûr mais là maintenant tu dois dormir. Parce que si tu dors je dors et si je dors je me porte mieux et la colère me quitte et le méchant filtre qui me gratte les yeux ne vient plus s’intercaler entre moi et le monde entre le monde et moi et toi. Ça te fait marrer apparemment de m’entendre raconter mes histoires mais tu sais je n’ai pas la réputation de me moucher du coude ou d’utiliser mes mains pour d’autres choses que frapper. Et toi là si fragile dans mes bras tu me regardes tu m’entends sans doute et sans doute aussi tu ne crois pas en ma supposée violence. Toi tu vois ton père. Je te berce. Je te berce. Je te berce. Mon petit mon tout petit il nous faut partir dans une contrée spéciale où rien n’a d’importance où rien ne fait mal où personne ne souffre. Pas même les bébés qui ont faim. Pas même les papas qui ont sommeil et qui ont peur. Pas même les mamans qui n’existent pas ou si peu enfin oui juste le temps de porter un enfant et elles disparaissent. Dans ce pays on peut apercevoir des montagnes douces et rondes des ruisseaux généreux des champs labourés comme le dessus des bûches pâtissières et des singes obèses de ne plus devoir monter aux arbres pour se protéger des lions. Les lions dans ce pays font penser à des gros chats hirsutes mal coiffés ou bien très savamment avec une crête et beaucoup de gel pour la maintenir droite comme un i. Tu sais mon petit bonhomme faut pas croire que ce que tu vas vivre ça a toujours du goût ça non. Faut pas croire non plus que tu vas trouver du sens à tout et tout le temps. Parfois la vie se rapproche plus d’un grand vide que d’un petit plein. Parfois ça se réduit à rien. Rien. Et puis ça repart. Le grand manège les chevaux les lumières les sourires les amours. Ne me regarde pas comme ça je sais que tu sais que je n’ai que toi. Toi et tes petits yeux qui interrogent les miens et ne trouvent pas vraiment de retour. Pas vides mes yeux non pas vides mais assez grands pour te laisser la place d’y inventer tes propres réponses. Je crois comprendre que l’amour peut prendre ces habits-là. Je crois. Je t’informe que trois heures du matin vont bientôt sonner à l’église d’en bas et que j’ai sommeil tellement sommeil que je te pose là sur ton lit de peur de te lâcher si je m’endors soudain. Ça arrive ça parfois de dormir une seconde et de croire que s’écoulent dix minutes avant de rouvrir les yeux. Ça arrive. Je t’aime je ne le murmure jamais et tu me le reproches déjà alors que tu ne parles pas encore mais là je l’éructe je t’aime. J’aime quand tu ne veux pas dormir comme ça parce que toi et moi nous partageons alors des moments de la nuit des moments hors du monde et des regards. Je te berce je te berce je m’endors. Do-do do-do do-do. Voilà mon fils voilà comment la vie comment l’amour comment les gens. Voilà comment tout simplement.

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