Au mot près (3/3)

Solange est allongée dans le salon, l’atmosphère est légère, Bach fredonne son disco et le navarin de mouton roupille dans la cocotte.

Solange ce matin a volé un chien. Un chien sans nom, sans pedigree, sans collier, sans maitre.

Solange est allongée dans le salon, l’atmosphère est toujours légère, Bach fredonne un autre disco et le navarin ronfle

Solange ce matin a décidé de quitter Alain, il n’est pas encore rentré du boulot. Il ne devrait pas tarder. Il n’a jamais un métro de retard et Solange va le quitter pour cela.

Solange est allongée dans le salon, l’atmosphère est légère vous l’avez compris Bach swingue comme un fou et le navarin étouffe…

Solange veut partir pour aller je ne sais où, elle veut rencontrer Bob, Jack, Robert, ou Nestor, toujours en retard ou en avance, jamais acquis, jamais conquis.

Solange est allongée dans le salon, l’atmosphère devient un peu moins légère, Bach tousse un peu et le navarin crie famine.

Famine, famine, tu exagères, non ?

C’est juste pour me faire culpabiliser ? C ‘est bien aussi de vivre d’amour et d’eau fraîche. C’est bien aussi d’oublier cette course à la réussite, ces besoins qui n’ont aucun sens. J’ai juste envie d’être tranquille, d’aller prendre un thé en regardant les passants, j’ai juste envie qu’on me fiche la paix. Gaétan va venir me chercher tout à l’heure.  Je vais me laisser porter sur son scooter, cheveux aux vents. Ça a du bon de péter les plombs, on peut léviter au-dessus de tous, juste prendre l’air sans savoir ce que l’on fera demain. Un pas à la fois. Plus de rendez-vous, de réunion à préparer, de négociations. Juste toi et moi sur une île déserte avec du bon vin et des bons bouquins. Ça serait bien, non ? Dis Gaétan ! Viens on s’en va, Gaétan. Tu ne réagis pas. Tu t’en fous, c’est ça ? On pourrait chercher un endroit, loin de tout, dans un village abandonné.

As de pique. Sur le tapis glisse une silhouette cœur fragile, il y a encore de la joie, faut y croire sinon on ne va pas dormir. Il est incroyable ce chien, il te fixe, il lit dans tes pensées. Ce matin, je suis tombée sur un trèfle à quatre feuilles, il y a de l’espoir.  La maison est silencieuse, j’ai faim, le reste du dîner des marrons glacés et les coupes à moitié pleines. Ces invités ne prennent pas le temps de finir leur verre. J’ai joué, j’ai perdu, la nuit mon amie va étendre ses idées, elle va me persuader d’enfiler la vérité piquée sinon on va pas dormir. Quand on ne dort pas, on n’a pas la respiration nécessaire pour piquer l’autre du bon pied. Dans la pénombre, son corps bouge encore, j’entends sa voix tremblante.

Je comprendrais si tu me quittes.

(texte collectif produit par Aurore, Mary et Isabelle)

 

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