Le fleuve

Les anneaux du fleuve s’étirent jusqu’au pont suspendu qui relie le sou à la poche percée. Quand je pars des abattoirs de l’entrée de ville, je ressens encore les vibrations des sabots sur le béton souillé. Nous y allions boire nos vingt ans et rouler nos illusions entre les feuilles portées par les vents du Rif. Nous n’avions qu’à nous baisser pour ramasser les promesses de nuits à jets précoces et nous sentions immortels. Preuves vivantes que le ridicule n’a jamais tué personne. Intrépides toreros de vaches mortes, la pointe du jour nous guidait jusqu’aux saints. Saint-Michel et Saint-Pierre, voisins populaires aux accents de paella extravagante, aux entrailles martyrisées par les marteaux-piqueurs des gaziers. L’église, point G de ce corps de ville apatride, accueillait les sans-destin et les vilains canards. Nous battions en retraite sous la menace des grenouilles de pot de chambre pour nous réfugier chez Aldo, qui, pour 5 francs, nous honorait de son rhum martien avant de nous offrir à coup de pompes un aller simple pour les Capucins. Chacun son mistral gagnant car dans ma ville Monsieur, on flâne utile.

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