écrire

Mon papy est un vieux monsieur, je suis petite et je trouve qu’il est un vieux monsieur comme les autres vieux messieurs. Plus tard, j’ai compris que c’était mon grand-père et pas celui de la voisine.

Mon papy attendait depuis lustres, il en parlait souvent. Il attendait avec impatience que sa fille secrétaire quelque part lui rapporte les feuillets. Un dimanche alors que le gigot répandait son odeur de dimanche, je compris que ces dits-feuillets étaient ses poèmes tapés à la machine.

J’ai reçu un exemplaire de chacun de ses poèmes. Une dizaine de feuillets. Mon papy racontait sa vision de la vie, les arbres, son amour pour la montagne et la maladie de mamie.

Un jour important de mon enfance, lors d’une grande fête qui me célébrait, je me suis émancipée… Je l’ai vu dans le regard de ma mère, en montant sur une chaise pour lire le plus beau cadeau que j’ai reçu depuis lors : un poème de lui. Ce poème, ça parlait de moi, rien que de moi. Dans le titre, mon prénom.

Dans les mots de mon grand-père, j’ai compris les mots, j’ai compris la fantaisie, j’ai compris que l’on pouvait toucher les odeurs, entourer le vide de toute la splendeur du monde, étaler comme le goudron la noirceur de notre solitude. J’ai senti la folie, goûté la liberté de naitre enfin. Être enfin : Être !

Lorsque j’écris je viens lui rendre hommage, faire couler l’encre de ses veines pour qu’il écrive encore. Lorsque j’écris, j’inscris les vibrations de son âme. Cet homme m’a offert le don merveilleux de la fenêtre ouverte. Ecrire pour ouvrir ma fenêtre et regarder ce qui s’en échappe, écrire pour laisser à l’instar de ce grand-père un peu de ma mélodie, mon regard, mon ton sur des feuillets qui volent au vent. Ecrire pour vivre encore un peu le temps d’une ligne…

Ecrire c’est tendre la main entre moi et tous ces livres et reconnaître que si j’ai tant lu c’est que les mots me disaient quelque chose.

Ecrire c’est aussi un pied de nez à tous ces cons et leur zéro pointé. Ecrire c’est pouvoir ouvrir plus grand possible mon champ des possibles. C’est élargir mon spectre ! Il est large, large, large…

Ecrire c’est me surprendre.  C’est ouvrir mon livre enfin, le lire, le lire, le lire jusqu’à la fin.

Ecrire c’est lâcher le chien la truffe au vent et le suivre, c’est tout… Je me balade avec lui dans le grand vide de l’instant. Je pose un pied et apparaît alors au dernier moment une dalle humide, viens alors un à un les autres pas et d’autres dalles encore.

Ecrire pour raconter au plus près de mon âme avec l’alchimie des maux.

Ecrire pour découvrir enfin à quoi je ressemble et voir la tête que j’ai !!

 

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