impact

L’impact des gouttes sur le métal. Les traces noires sur le sol. L’acidité du parfum sur les murs. Nous avons fait au plus vite. Il y a dans l’évier ce que personne ne doit découvrir. La radio est allumée, nous écoutons le silence des vivants.

Alex ne voit rien. Nous nous taisons. Nous laissons la parole libre. Alex vient de rentrer. Il est encore dans le couloir sombre, il dépose sa veste et son sac. Nous l’attendons.

L’impact des gouttes sur le métal nous perce les tympans, nous supportons dans le silence ce qui n’existe plus.

Ça ne va pas durer. Nous attendons. Un temps pour chaque chose. Alex fait des pauses. Nous avons une parole. Nous sommes forts.

– Je suis rentré, t’es là ?

– Oui je suis dans le salon, je bosse

-Il y a une odeur étrange ? tu as cuisiné ?

-Non

-J’ai les bouquins, je suis content

-Tu fais quoi ? Alex viens ! je suis dans le salon ? Alex ?

Natacha machinalement continue à écrire sur son ordinateur. Alex ne vient pas. Natacha est habituée, Alex prend toujours son temps quand il rentre, il viendra l’embrasser dans quelques minutes.

Nous connaissons leur vie sur le bout des doigts. Nous sommes nombreux ce soir et les gouttes sur le métal ne font aucun bruit.

 Alex est content, il a récupéré les bouquins de sa copine Valentine, la gaillarde, la maîtresse de la bibliothèque.

Dehors il fait froid, et ce soir c’est le réveillon. Nous attendons toujours la nouvelle année avec impatience. Une renaissance. Alex n’aurait pas dû parler ainsi ce matin, s’en prendre à nous avec une telle insolence. Nous n’oublions jamais.

Nous avons pris le temps, nous avons pris la peine de préparer la chose pour venir ensuite la déposer dans cet évier qui transpire déjà. Lui, il va en faire quoi de ça et elle, elle va en faire quoi de lui.

Les gouttes de sang tombent une à une sur le carrelage.

-Alex ? tu fais quoi ? réponds t’es où ?

Nous traversons les sentiers de la vie des autres, nous dégustons le vin des marins, nous déposons nos gants de terre sur la peau engloutie des vivants.

Il n’a pas eu le temps de voir la chose. N’ayons crainte, nous voulons Natacha, c’est elle qui doit voir. Elle ne sent pas l’odeur. Elle nous appartient.

 

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