Alice (1)

« Alice » dit-il en regardant ce que n’importe qui, sauf lui, n’aurait pas appelé une jeune fille. « Alice » répéta-t-il, « mais pourquoi t’es-tu foutue dans cette galère ? »

L’inconvénient – ou l’avantage, c’est selon, c’était que ladite Alice ne pouvait pas répondre. Elle ne pouvait pas lui expliquer l’enchaînement d’événements qui l’avait amenée ici, à cet endroit précis, et dans ce drôle de décor. Elle ne pouvait pas lui décrire l’homme qui l’avait abordée, les mots qu’il avait prononcés ainsi que sa réaction toute féminine et faible – incroyable ce qu’elle avait été faible ! ni la suite, le brouillard, la fuite du temps, la confusion.

Et puis ça, là.

Le résultat, en somme.

Elle pouvait tout juste espérer que son corps allait parler à sa place, si tant est qu’on l’écoute.

« Alice » répéta-t-il encore. Il ne pouvait faire que ça, tant le choc était rude. S’il avait bien une certitude, une seule, c’est que ce matin, en prenant son service, il n’aurait jamais pu imaginer se retrouver ici, quelques heures plus tard, submergé de tristesse. Sans quitter la femme du regard, il chercha à tâtons le téléphone portable dans sa sacoche. L’idée de prendre une photo le traversa mais il renonça immédiatement. Cela aurait quelque chose de déplacé, de malpoli, d’obscène. D’autres, dont c’était le métier, s’en chargeraient à sa place. Alice serait visible sous tous les angles et par beaucoup de monde. Exposée, scrutée.

Il décida d’appeler le bureau. C’est Francine qui répondit à l’appel.

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