Stambul

Est-ce de la brume, ou des feux allumés dans les rues de la Corne d’Or pour faire brûler les déchets domestiques ?

Peut-être que je confonds avec Bali.

Nous laissons Sultanahmet derrière nous. L’hôtel où nous logeons se trouve près de Aya Sofia, la majestueuse, l’imposante église chrétienne devenue mosquée. Nous traversons le pont du Bosphore. Simon demande à s’arrêter pour fumer le nargile à la pomme dans une des boutiques qui surplombent le fleuve. Juste au-dessus de nos têtes court une autoroute qui relie l’ancienne ville à la nouvelle. Sous nos pieds les eaux boueuses partent se jeter dans la mer de Marmara en roulant sur elles-mêmes. Les mouettes guettent le poisson et proposent une bande-son reconnaissable entre toutes.

Nous prenons le funiculaire qui nous crache dans Galatasaray. Un tramway me coupe la route et je recule in extremis, surpris par le klaxon de la vieille machine. Je serais bien monté dedans, mais elle est déjà loin lorsque je reprends conscience de mon environnement.

C’est notre premier voyage ensemble à l’étranger. Ni lui ni moi ne connaissons la ville. C’est aussi le début de notre relation. Elle a depuis laissé place à une autre vie. Je tiens la carte comme un bâton de coudrier : c’est elle qui m’entraîne à travers les rues, je ne décide de rien. Aujourd’hui Galata. Hier le Grand Bazar. Demain ? Elle choisira Pera. Nous y dînerons dans un ancien immeuble transformé en restaurant à trois étages. Kapris dö Pera. L’endroit est tenu par deux hommes. Lui est suisse, lui est turc. Ils ont recréé l’ambiance de Constantinople, le faste chic, la francophonie bourgeoise. La nourriture est excellente. Nous prenons des photos. Un portrait de Simon, un portrait de moi (je les ai retrouvés dans un carton il y a quelques mois). Nous parlons beaucoup avec Mehmet. Il ressemble à Jésus avec ses longs cheveux bruns frisés et son visage fin et blanc. Son regard noir est adouci par de longs cils courbés. Comme ceux d’une biche, je chuchote à Simon qui acquiesce. J’imagine des baisers qui claquent, des langues qui se frôlent, des sexes dressés, humides et des pénétrations douces comme les sourires échangés. Je finis mon dessert et nous payons. Dans Istiklal Cadesi qui descend vers Eminonu, je remonte le col de mon duffle coat noir et je laisse mes mains serrées sur mon cou. Le vent froid me pique la gorge. Simon marche à mes côtés, nous voilà face au Bosphore sur deux trajectoires parallèles. Se sont-elles jamais rejointes ? Il me dit j’ai froid, je réponds moi aussi. Nous racontions déjà autre chose.

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