Punky mardi, ballade

Se libérer d’un vingt pour accéder à la coupole aux vierges. Voilà le plan. Tout est mauvais : le vin, le son, les regards, les tenues. Banquettes skaï pour les dresseurs de verge ou les proies timides. Chaque pore de la piste aux étoiles peinturlurées dégueule un œstrogène soudain et minuté. Les regards lourds de sens et vides de tout. Aussi vides que les couilles sont pleines.
Bitch drinking, sofa suckers.
Tout me file la gerbe. Je danse comme si j’étais seul en suivant la basse saturée. Tu n’es pas là. Et  puis enfin, ce lieu ne te mérite pas. Il nous irait bien vide. Alors, pour un pasodoble électronique au milieu d’un théâtre de sable planté d’amandiers, je choisis de te garder au chaud lovée entre M. Fantasme et Mme Imaginaire.

Toyota nuit

Oyona Montiès
Epice barbarie
Que romarin naisse
 J’ai strouké ta nuit.
Johnny interné
Garreau de la pute
Dussé-je souffler
Hedera en ut.
Venezia matin
Brossette et textile
Zabou la catin
Retisse le fil.
Quotidien sans lieu
Combo triste d’Aran
Six framboises au pieu
Je lève le camp.

Fille DisPuta

Ici plus rien n’aimer de soi
De la porte belle trace la clé,
Lorsque donner ce qu’on a pas,
Trouble les astres et les lignées.
Un drap froissé de paroles tues,
Erreurs solaires d’étés glaçants,
Pas de vague tourbe qui ne tue
Les rats malades du moi parent.
Figuier, à ta santé nous avons bu,
A ta naissance, une ombre crue,
Signée today d’encre cynique.
Ici les oh ! chassent les hics.

11 août 2017

D’où il vient

Quand c’est l’été et que le soleil a tout écrasé avant et après midi, il reste l’orage qui fronce les sourcils et soulève le sable rouge. Les vignes serrent les rangs et le voisin ferme les volets. C’est à ce moment qu’il sent que ça va tonner et zébrer. Il entend les poules qui se bousculent au portillon de leur hutte mal taillée. Ça se passe toujours entre 22h et 22h30, précis comme une séance de cinéma avec les pubs au début. Il dort dans le grenier qui couvre toute la surface de la maison. On pourrait y rentrer six tables de ping-pong. Il s’est installé à côté de l’atelier. Quelques planches cloutées façon tordue forment une cloison de persiennes en L qui mange un coin du rectangle que Nino s’est octroyé sous les toits et enferme un peu les odeurs de solvant. Au fond du grenier, de longs portants supportent l’ego de vieux costumes et la nostalgie de robes brodées. Ça ne dit rien à Nino du côté du souvenir. Il regarde ses tissus sans chair comme des pantins sans histoire manger une autre partie de son espace. Il reste l’autre moitié du grenier à Nino, il y a installé un vieux lit de chêne que sa grand-mère voulait donner à des « nécessiteux ». C’est comme ça qu’elle appelle les pauvres. Comme si prononcer le mot finirait par lui transmettre le mal. Il a bricolé un sommier avec des lattes de parquet sous lesquelles il a glissé des dizaines de brique pour limiter la courbure inévitable sous son poids de jeune homme en pleine santé. En montrant de l’index le matelas sans vie, elle a dit « tu vas pas dormir sur ce truc, on ne sait pas d’où il vient ! ». Nino lui a répondu « il me dira à moi d’où il vient ». Le lit avachi et apatride, le tapis perse made in Poland et la vieille lampe piétée d’un verre jauni dessinent une crèche iconoclaste et poussiéreuse. Dans une heure sa mère se pendra dans ce bout de grenier. On ne sait pas d’où il vient, Nino a 14 ans.

Confiture de mots rayés

J’ai ouvert un carnet d’écriture dont la couverture est ornée du titre un brin emphatique « la petite marchande de prose ». J’y ai trouvé des chapelets entiers de mots rayés, parfois rageusement parfois timidement, abandonnés entre deux virgules, remplacés par d’autres. Ils ne convenaient visiblement pas. Je les ai donc tous recueillis sur une page blanche et les ai assemblés, ces mots sans avenir, au gré de leur slalom entre les signes de ponctuation et les plots grammaticaux. Est né un modeste poème pour se souvenir que tous les mots comptent, surtout ceux dont on ne veut pas.

David Arnaiz

 

Sains, sauf Blandine de France

Confiture de mots rayés


Devant mon immeuble une voiture, j’en suis sûre tu attends,
A mes heures de gloire tu opposes qu’après la pluie le beau temps.
21h48, je suis écrivain en panne, le seul moyen de franchir,
Regarder ce mur blanc, ces images à moi, je laisse venir.

La validité de notre histoire est déjà dépassée,
Enfant, je cours sur mon balcon, tes yeux indigo me glacent,
Partie en trombe, dans mon plus simple addict, s’il me voyait,
Moins de trente secondes et ne plus pouvoir construire à la surface.

Futur président du duo de l’attente qui pianote sur le portail d’entrée,
Devine avec qui je chante pour me détendre : ma voisine de palier.
Tu tombes nez à nez avec Pierre qui te sourit à belles dents,
Tu vas contourner l’histoire, fermer le tableau, j’ai juste le temps.

Je me demande qui était face aux gens magnifiques,
Persuadée de fuir sur mon scooter QZX le champ des jambes strictes,
Possible envie de remonter au volant l’avenue de mon roi d’Afrique,
Pour que la peur d’étouffer soit partie avant l’aube, addict.

Le fleuve

Les anneaux du fleuve s’étirent jusqu’au pont suspendu qui relie le sou à la poche percée. Quand je pars des abattoirs de l’entrée de ville, je ressens encore les vibrations des sabots sur le béton souillé. Nous y allions boire nos vingt ans et rouler nos illusions entre les feuilles portées par les vents du Rif. Nous n’avions qu’à nous baisser pour ramasser les promesses de nuits à jets précoces et nous sentions immortels. Preuves vivantes que le ridicule n’a jamais tué personne. Intrépides toreros de vaches mortes, la pointe du jour nous guidait jusqu’aux saints. Saint-Michel et Saint-Pierre, voisins populaires aux accents de paella extravagante, aux entrailles martyrisées par les marteaux-piqueurs des gaziers. L’église, point G de ce corps de ville apatride, accueillait les sans-destin et les vilains canards. Nous battions en retraite sous la menace des grenouilles de pot de chambre pour nous réfugier chez Aldo, qui, pour 5 francs, nous honorait de son rhum martien avant de nous offrir à coup de pompes un aller simple pour les Capucins. Chacun son mistral gagnant car dans ma ville Monsieur, on flâne utile.

Sœurs sauvages

Tu me vides comme un poisson de rivière sans écailles ; penser à toi ne suffit plus et si je veux de nouveau porter l’immaculé il me faut dès aujourd’hui fermer les yeux et sentir sur mes tempes le souffle de tes colères froides et la moiteur de ton haleine guerrière. Paupières closes je me mets enfin à lire ton être à voix haute. Je sais que tu ne crois plus en rien depuis que les arbres de la révolution plient sous le poids de ta tyrannie aveugle et lorsque ta sanglante faconde atteint la surface de mes lèvres je vois les branches tomber comme s’évanouissent les cheveux d’un condamné. Notre langue te doit les mots de la haine en musique, de la pauvreté saoule. Ta révolution existe encore dans les manuels scolaires d’enfants sans autre histoire que la tienne ; ils scandent ton nom dès que le jour tarde à se lever en claquant du talon dans les allées monumentales qui portent les noms de tes fidèles généraux. Oui, le pouls de ta révolution bat encore sous les ampoules au néon des garages aveugles qui abritent désormais les homards du marché parallèle. Interdire est ton couplet et punir ton refrain mais ma robe quitte le deuil de mes sœurs sauvages un peu plus chaque jour en laissant désormais apparaître la couleur du drapeau espéré que ta mémoire piétine avec un acharnement que seule la folie peut justifier.

Première lecture publique des ateliers

Programme – Lecture du 30 mars 2016

Les Ateliers de l’Heure Bleue ont débuté à la fin de l’été 2015. Depuis, nous avons, entre autres :

  • Ecouté la voix de Duras les yeux bandés puis écrit pendant 1 heure dans un lieu inconnu,
  • Ecrit à la volée en insérant toutes les 20 secondes un mot imposé, comme connasse ou maillot rose,
  • Ecrit sans le Je, sur les disparus, avec son anorak, sans savoir s’il pleuvrait,
  • Découvert que vivait en nous un inspecteur de polar un peu détraqué.
Le 30 mars 2016, les auteures ont accepté de lire des passages de leurs écrits et c’était pour elles une étape importante.
Les textes vous ont émus, interrogés, parfois bouleversés.
Nous nous sommes demandés ensemble si l’écriture de soi était nécessairement l’écriture du Je.
Les cépages du soleil prolongeaient le plaisir, les mots résonnaient encore.
Merci à vous toutes et tous,

Mary en pleine lectureUn auditoire captivé