Burrata Tagada

à partir de mots glanés dans la rue lors d’une promenade de 10 minutes juste avant un des ateliers, écrivez un poème.


Un soir de burrata méchante

Le résultat de deux heures trente

A picoler vodka cul sec

Entre deux spasmes, entre deux hips

Il dit son nom, son Nomélec

Et moi je sus qu’il serait mien

 

Qu’il était beau, mon Nomélec

Mon p’tit giton, ce con de mec

Le bien nommé, le Nomélec

Mais l’excitant ça n’est pas ça

 

Enfermés dans la Locabane

Toilettes sèches rue des trois frères

On s’est total Veneziano,

On s’est Tagada, bien Manekineko

J’étais tellement bourré

Que je m’ souviens plus trop…

 

Qu’il était cul, le Nomélec

Son petit Nomélec-trisait

Mon nomimi, mon Lecmélec

En vérité Adramélech !

 

Un soir au pieu après le feu

Juste après les minutes blanches

Il m’a parlé de sa vie triste

Gamin Issu d’un père Amor

Grand fusillé récidiviste

Sorti gluant de mère Angoisse

Une harpie goulue de chips

 

Qu’il était sale, ce Nomélec

Ce p’tit connard, ce p’tit vaurien

Ce chien d’la casse avec un N

Un chien d’la N comme majuscule

 

Que j’étais bien, que j’étais las

A vomir tous mes Tagada

Tous mes pétards tous mes zonards

Tous mes virus mes Syphilis

Mon Lecméno, mon Nomélec

Ma burrata, mes locabanes

Mes fusillés goulus de chips

Mes Manekineko parfaits

Mes Paranos récidivistes

Amor, amor !

Punky mardi, ballade

Se libérer d’un vingt pour accéder à la coupole aux vierges. Voilà le plan. Tout est mauvais : le vin, le son, les regards, les tenues. Banquettes skaï pour les dresseurs de verge ou les proies timides. Chaque pore de la piste aux étoiles peinturlurées dégueule un œstrogène soudain et minuté. Les regards lourds de sens et vides de tout. Aussi vides que les couilles sont pleines.
Bitch drinking, sofa suckers.
Tout me file la gerbe. Je danse comme si j’étais seul en suivant la basse saturée. Tu n’es pas là. Et  puis enfin, ce lieu ne te mérite pas. Il nous irait bien vide. Alors, pour un pasodoble électronique au milieu d’un théâtre de sable planté d’amandiers, je choisis de te garder au chaud lovée entre M. Fantasme et Mme Imaginaire.

Petit Poucet

Inhibition, flottement, faim, eau à la bouche, goût du café qui reste.

Dents serrées, respiration courte, paupières lourdes du manque de sommeil, la voix du voisin est une voix de voisine, je me sens creux, vide, vidé comme un poisson, les entrailles au dehors qui sèchent au froid et au soleil d’hiver.

Il essaie de faire croire à son interlocutrice qu’il est intéressé par son film. J’ai vu ton film, ça m’a fait penser à Mon Roi, y’a une énergie, c’est toujours les questions de la photo par-delà la parole et la première partie est bien mise en scène tu vois. Elle le regarde et elle n’y croit pas. C’est évident qu’elle n’y croit pas. Quand je suis arrivé dans le bistro, elle a cru que c’était moi, le cinéaste. Elle m’a regardé avec des yeux de biche, des yeux amoureux hystériques, en mode séduction. Raté, c’est pas moi. C’est lui, le petit brun barbu avec la voix aigüe. C’est bien de trouver d’abord un décor parce qu’après ces mouvements qui sont des ponctuations, tu les trouves dans le décor tu vois. C’est fou ce qu’ils ponctuent leurs putains de phrases avec des tu vois. Et puis dehors il y a cette femme blonde, aux racines plus sombres, avec ses lunettes demi-lunes. Elle fume une cigarette de pute en pianotant sur son supermégatéléphone. Elle tire une taffe, elle semble absorbée par ce qu’elle lit. Les voisins continuent mais c’est la même prod que pour les voisins du dessus ? Elle répond. Elle parle et elle se demande combien de temps cet entretien va durer. Pas de désir d’être là face à lui. Il ne l’excite pas, il ne lui donne aucune envie et elle n’arrive pas vraiment à défendre son projet. Elle, ce qu’elle voudrait, c’est partir d’ici et marcher et surtout, surtout qu’on lui foute la paix ! La blonde aux racines fume toujours et tapote sur son écran minuscule, elle communique avec Jean-Luc qui n’est pas venu hier soir. Il était souffrant, il lui a envoyé un sms, tout ce qu’elle déteste. Elle n’a pas répondu et là ce matin, il lui a demandé si elle allait bien. Quelle question bizarre ? Ça va ? Par sms toujours, évidemment. Quelle buse, ce Jean-Luc, un prénom à faire une contrepèterie douteuse ! Aucun savoir-vivre, ça fait deux fois qu’il se défile, qu’il se dérobe, qu’il ne vient pas. Il ne veut pas se retrouver en tête à tête avec elle. Elle se demande si elle lui fait peur ou si elle pue. Tout est envisageable. Ou alors c’est sa coupe de cheveux qui le dérange ? Elle pose le téléphone et range ses lunettes. Messages over.

 

J’ai dit.

On faisait les courses pour le week-end au supermarché. A un moment, elle a dit, va faire la queue pour le fromage que je m’occupe de l’épicerie.
Je l’ai regardée, j’ai expiré avec bruit et j’ai tourné les talons direction le rayon fromages à la coupe. Glamour.
Bien entendu il y avait du monde qui faisait la queue.
En file, les uns derrière les autres.
Ils avaient tous la même position, les mains sur le caddie. Ca m’a frappé. J’ai dit c’est pas possible, il va falloir que j’attende un quart d’heure pour acheter du fromage alors que je déteste ça et que je ne sais même pas quoi choisir. Rien qu’à lire les mots en caractères gras sur les étiquettes que la demoiselle en combinaison rayée rose et blanc manipulait, j’ai senti mon estomac qui tanguait. Comme sur le bateau pour aller du port de Marseille à n’importe quelle île au large. Morbier, Brie de Meaux, Camembert au lait cru, Epoisses… J’ai du arrêter ma lecture, la tête me tournait. Je me suis assis sur des cageots qui traînaient là, j’ai tenté de ne pas vomir en me tenant la tête entre les mains et en fixant ce grain de raisin tombé sur le sol, oublié de tous. Soudain, j’ai vu une paire de chaussures hideuses noires avec un pompon rouge sur le dessus s’arrêter sous mon nez. Elle a dit, mais qu’est-ce que tu fais là, c’est pas possible d’être aussi mou et si peu autonome. J’ai levé la tête. Va te faire voir, j’ai répondu. Je déteste tes trucs qui puent, tu n’as qu’à les acheter toi-même. Et puis je me casse. J’ai éclaté. J’en peux plus de tes courses tous les samedis après-midi, tes ordres donnés sur un ton répugnant et tes godasses moches, dignes d’une collégienne ! Elle restait là, en face de moi, plantée comme un poireau, à me regarder fixement avec un petit sourire entendu. Bon, ça y est, elle a dit, monsieur a fini sa petite crise, on peut finir d’acheter ce qu’il faut pour le repas de ce soir ? Quel repas de ce soir, j’ai demandé. Et puis en le disant, je me suis souvenu. Sa mère, ma belle-mère, ce soir, soixante-dix ans, invités et petits fours. Tant bien que mal, je me suis redressé. J’ai regardé autour de moi. Suis-moi, elle a dit. Et elle a fait claquer ses talons en direction de la boucherie. Je ne sais pas pourquoi mais ce mot a provoqué chez moi un fou-rire. J’ai aperçu les caisses de l’autre côté du rayon surgelés et je me suis mis à marcher de plus en plus vite. J’ai dit fort pour que tout le monde entende, je vous emmerde avec vos produits pasteurisés, étiquetés, euthanasiés ! Pourquoi j’ai dit ce dernier mot, aucune idée.
Quand je suis arrivé sur le parking, j’ai fouillé mes poches à la recherche des clés de la bagnole. Je me suis rappelé que c’est elle qui les avait gardées.
J’ai hurlé.

Présent

 Il est 13h15, je suis dans la salle de classe, il n’y a encore personne et heureusement…j’aime ces quelques minutes pour préparer mon cours qui commence à 13h30.
Aujourd’hui le soleil est là. Il me réconforte et me donne du courage pour démarrer l’après-midi car depuis ce matin, je me traîne, pas envie de parler, pas envie de bosser. Je serais bien restée chez moi avec mon petit garçon et nous serions allés au parc pour profiter de la belle journée. Enfin, je suis ici et il faut faire avec. J’écris sur la grande table en bois ovale qui se trouve au milieu de la pièce, autour, il y a des chaises bleues confortables, elles attendent sagement la venue des apprenants. A côté de la porte d’entrée contre le mur, il y a une armoire grise métallique, la caverne des livres, des méthodes de fle, des feuilles, des stylos et de quelques gâteaux et tisanes. Le soleil de la salle, de gros néons vifs au plafond. Je déteste. On se croirait dans un hôpital, mais pas trop le choix, il fait sombre ici. Au sol, une moquette bleue marine avec de petits motifs blancs circulaires qui est raccord avec les chaises. Les photocopies de la leçon de cet après-midi sont prêtes dans l’armoire. Aujourd’hui, le passé composé avec toutes ses difficultés, les fameux quatorze verbes avec le verbe être et l’imparfait. Me revoilà malgré moi dans le passé et la mélancolie que je ne supportent plus en ce moment, moi qui ai envie d’aller où est la vie et où je me sens vivre. Passage obligé. Je vais leur demander de raconter leurs premières vacances enfant ou leurs premières histoires d’amour. On verra…j’espère qu’on ne va pas s’éterniser sur le sujet. Une grande envie de présent m’anime. A ma gauche, il y a le tableau avec de grandes feuilles blanches et à côté un ordinateur qui ne marche jamais. Personne ne le répare, je me demande pourquoi.J’ai posé mon manteau couleur rouille sur une chaise et mes deux sacs sur une petite table rectangulaire contre le mûr à côté de l’armoire. Deux sacs bleus, encore le bleu, la couleur du moment. Présente à moi-même et à ce qui m’entoure, je profite des dernières secondes pour fermer les yeux et respirer.

Pouah.

J’écris dans les notes de mon téléphone portable. Depuis quelques temps je fais ça, j’écris dans les notes des idées des titres de livres à lire des expos à voir des musiques à écouter, mes notes sont pleines de notes. Saturées. Depuis peu j’écris aussi des lettres. Ce sont des lettres qui disent les choses que je ne sais pas dire a haute voix. Des lettres pour que mes pensées soient claires, pas fouillis et rouges d’émotions ou de confusion. A la fin j’appuie sur le petit carré au bas de la note et je m’envoie ma lettre par mail. Je tape mon adresse et ça arrive sur ma boîte, j’imprime, c’est magique.
Donc ce soir j’écris sur mon téléphone avec pour consigne : entrer dans le détail de ce qui m’entoure.
Face à moi le piano blanc et une partition ouverte. Sur le piano un métronome un zootrope miniature avec des petits bonhommes bleus, un cadre avec une vitre ovale vide, pas encore rempli mais il manque une partie si je me souviens bien, à côté une lampe ronde, grosse boule de lumière, une carte postale en relief comme un pop-up, des jonquilles en pot un peu fanées. A gauche du piano F. est assis sur le grand canapé trouvé la semaine dernière sur le bon coin. Un canapé en cuir marron super confortable. On n’a jamais eu un canapé si confortable. F. est donc confortablement assis dans le canapé tandis que je suis affalée dans un fauteuil, les jambes sur l’accoudoir, pieds nus, les yeux sur le petit écran avec 12% de batterie.
F lit.
Les enfants sont dans leur chambre. Ça chuchote.
De temps en temps F fait pouah, habituellement signe qu’il s’émerveille. Mais ce pouah là est un pouah de déception parce qu’il est suivi de merde et pas de oh la la.
De la subtilité du pouah…
Pas de bol, le livre qu’il a acheté ne va pas l’aider à finir le boulot qu’il doit avoir terminé  « absolument » pour demain.
Ça chuchote plus fort, disons que ça murmure avant de rigoler. Les enfant se racontent des trucs. Ça me fait chaud au ventre qu’ils se racontent encore des trucs comme quand ils étaient petits, le soir avant de s’endormir.
Maintenant ils me dépassent, elle de quelques centimètres, lui de quelques sentiments.
Ils sont beaux savent plein de choses et je m’émerveille chaque jour de ce qu’ils sont devenus. Libres et drôles. Mais présentement carrément  chiants… Taisez-vous ça suffit maintenant.
Besoin de silence pour entrer dans ce qui m’entoure.
Silence.
(Ouf. Ils sont grands mais ils m’écoutent encore.)
Un gros coussin en tissu vert avec des petits triangles blancs. Un fauteuil de velours vert foncé, l’assise aussi est enfoncée. Un escalier en colimaçon avec des marches en bois et une rampe en métal, devant une fenêtre fermée. Une partition sur un pupitre, des percussions, des boites, des fils électriques autour de la clarinette plantée sur sa tige, un encrage géant sur papier buvard de la Victoire de Samothrace avant qu’elle vole, avec des éclaboussures noires dans le dos, une petite table ronde ouverte aux 3/4 collée au mur au dessous de la Victoire, sur la table un ordinateur éteint un clavier une souris et 2 tabourets en bois. Regard circulaire vers le canapé. F n’est plus là, dégoûté de ne pas avoir le bon bouquin. Les enfants dorment. Mes bottes sont étalées au pied de mon fauteuil, mon sac ouvert sur le coussin vert et blanc, une petit table basse avec une tisane qui refroidit, 2 tasses, une pince a cheveux, des feuilles des feutres, un Gaston la gaffe, une autre BD, une boîte d’allumette, j’ai froid aux pieds, je suis vivante, ils dorment, tout est calme.

Autour

Sous mes doigts un clavier, avec des touches.
Devant moi, un écran d’ordinateur.
Sur cet écran, il y a une page Word ouverte, sur laquelle mes mots tapés s’alignent.
Derrière cette page Word, la page des photos. Il y a 32 photos que j’ai prises avec mon superphone. Ce dernier a une forme rectangulaire. Ses angles sont arrondis. Il est posé à côté du clavier d’ordinateur gris métal. Le téléphone est éteint et son écran est noir. J’y vois des traces de doigts. Ma table de travail est en pin brut. Elle mesure deux mètres de long et un mètre de large. Je l’ai achetée avec M. chez Leroy Merlin il y a quatre mois. Sur cette table, j’ai posé un sous-verre à l’effigie du Petit Prince. Dessus, il y a écrit « j’ai des amis à découvrir et beaucou de choses à connaître… » La tasse de café cache le P de beaucoup. La mousse du café est marron clair et elle attache aux parois. Sur la tasse, des motifs floraux blancs sur un fond noir. Un crayon à papier est posé à côté de la tasse. Une statuette en plastique de la reine d’Angleterre est posée sur la table. C’est une figurine qui fonctionne avec une cellule photo sensible. Le bras gauche de la reine s’agite lorsqu’il fait beau. Là, Elizabeth est immobile dans son costume rose clair. Du velux tombe une lumière blanche. Sur le velux tombe la pluie. Elle tombe non-stop depuis plusieurs jours. Sur la vitre du Velux, l’eau forme des rivières. Je vois l’impact de la goutte puis elle se dissout et coule vers le toit en contrebas. Le ciel est gris et blanc. Je regarde l’horloge de mon ordinateur : y est inscrit Jeu. 15 :51
L’écran de mon ordinateur touche le plafond en sous-pente. La pluie qui tombe sur le toit en zinc répand un bruit bizarre dans l’appartement. Nous sommes jeudi 29 mars 2016. J’ai mal au dos.
(consigne: écrire le réel en décrivant ce qui se trouve autour de vous là maintenant dans ses petits détails)