Punky mardi, ballade

Se libérer d’un vingt pour accéder à la coupole aux vierges. Voilà le plan. Tout est mauvais : le vin, le son, les regards, les tenues. Banquettes skaï pour les dresseurs de verge ou les proies timides. Chaque pore de la piste aux étoiles peinturlurées dégueule un œstrogène soudain et minuté. Les regards lourds de sens et vides de tout. Aussi vides que les couilles sont pleines.
Bitch drinking, sofa suckers.
Tout me file la gerbe. Je danse comme si j’étais seul en suivant la basse saturée. Tu n’es pas là. Et  puis enfin, ce lieu ne te mérite pas. Il nous irait bien vide. Alors, pour un pasodoble électronique au milieu d’un théâtre de sable planté d’amandiers, je choisis de te garder au chaud lovée entre M. Fantasme et Mme Imaginaire.

Tournesol d’Istanbul

Byzance, Constantinople. Istanbul. Ventre de foi, berceau des dieux précaires. Sang giclé de l’histoire sur les murs de la cité des hommes prosternés. Tu es marquée par le sabre courbé du Sultan Mehmet. Fatih Mehmet. Large entaille du monde de toujours, recueil des huiles du Bosphore.
Boğaziçi Köprüsü : tu es le Pont du Bosphore. Tu es ces pointillés rouges qui mènent de la terre verte aux plaines jaunes. De l’Ouest je vous observe. Proues dociles face à la Mecque. Mouillages pourpres, guirlandes au vent qui faiblit. Vous, les navires marchands aux pavillons de partout, vous ne déverserez pas ce soir vos plastiques d’usine aux portes de la ville ronde. Parce que ce soir a lieu cette cérémonie que j’ai appelée de mes vœux. L’heure de suspension où vous poserez devant moi la poésie de vos étoffes et le souffle de vos toupies blanches. Et toi, fort et beau Türk, tu chanteras pour moi les notes orientales qui font pleurer les corps endormis. Alors je sais. Je sais que vos tourbillons dessineront sans fin la rosace des trottoirs ensoleillés qui mènent au Grand Bazar.
Tu tournes la tête vers les nuages odorants. Constellation sucrée-salée d’épices ancestrales. Fumé universel de marrons chauds et de maïs grillé. Tournesol cerné de minarets, tu entends les muezzin annoncer le silence prochain. Dans cette ville-monde, tu sirotes le bleu de la vie en regardant de haut les fers brisés de la prison des 4 saisons. Vivante. Décidément libre.

Roland Barthes est un génie

On touche à l’inachevé. Ou plutôt, au sentiment d’inachevé. Mais aussi à la fragilité des moments, des rencontres. Aux instants suspendus. Je lis une position balancée entre le vide crée par le rien et la montagne que dresse le tout. Roland Barthes était un être de génie. Qui a tenté d’expliquer l’équilibre de cette balance. Ce qui nous fait basculer d’un côté ou de l’autre. Dans le langage. Dans ce verbe que nous ne saurons maîtriser parce que, la plupart du temps, nous ne disons pas. Nous ne pensons pas les mots. Ils existent à notre insu.