Dialogues

– Tu les entends?
– Hein…
– Tu les entends??
– Quoi…
– Ils arrêtent pas…
– Qu’est ce que tu racontes…
– C’est dinge…tu les entends vraiment pas?
– Mais…de quoi tu parles?
– Les voisins…tu les entends pas..?
– Je comprends rien à ce que tu racontes, j ai du boulot je dois terminer de lire ce papier
– Ils s’éclatent…je comprends pas comment tu fais pour ne rien entendre
– Je bosse je te dis..ça commence à bien faire..
– Et alors bosser! signifie ne pas entendre ce qui se passe chez les voisins du dessus?
– Bon ça va maintenant, t’arrête tes conneries, je m’en fou des voisins, je bosse
– Les voitures dans la rue, la chasse d’eau du voisin de droite, les bruits de verre cassé dans la cour, ça…tous les jours, tu me le répètes assez, t’as des oreilles pour ça, et là…rien!
– je ne comprends vraiment pas ce que tu essaies de me dire…t’as quinze secondes, sois efficace
– Merci, quinze secondes à m’accorder pour te dire de vivre!
– t’es bizarre ce soir, et puis pousse toi, t’as les pieds froids, et qu’est ce que c’est cette manie de te mettre toujours en diagonale
à cause de ça, je suis toujours au bord du lit
-Et ouai, la vie en diagonale, je prefère….ah ca y est c ‘est fini…on entend plus rien…je peux éteindre? oh…..? je peux éteindre?….Bon et bien j’éteins….Bonne nuit

– Pousse toi, t’as les pieds froids

AC
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– Et ton pote du cours de théâtre ? Il ne t’a toujours pas dragué ?
– Non , évidemment !
– Tu devrais peut-être le faire toi ! Les hommes ont souvent  besoin qu’on leur envoie des signaux , non ?
– Sauf qu’ il y a un an , je me suis prise un rateau avec lui, maintenant je suis un peu refroidie !
– Et ce week-end dans les arbres ?
– très éprouvant ! Mon ami Alexandra , citadine  pure  souche, a eu une crise d’angoisse de se retrouver subitement en pleine nature !  On a fini par appeler un médecin ! Alexandra était tellement mal !
– Et ce week-end, tu fais quoi ?
– Je ne sais pas ! Je verrai au dernier moment !
Le server arrive pour passer la commande.
– tu prends quoi ?
– un mojito pour oublier tout le mal qu’ il m’ a fait !!!

Mary
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– Arrête de pleurer comme ça
– Non
– Mais arrête bon Dieu, ça va rien changer
– …
– Allez viens
– Non
– Viens on va boire un verre
– Non
– Alors viens on marche on va pas rester là comme ça
– Pourquoi tu l’as frappé ?
– J’ai pas eu le choix
– T’es qu’un lâche
– Arrête ok ? C’est toi qui le voulais ce putain de carnet. C’est toi qui m’as dit d’y aller non ? J’ai pas eu le choix je te dis. Il était accroché à son bureau comme à un rocher, il voulait pas bouger, il s’est mis à m’insulter. J’ai juste voulu le calmer tu comprends ? Il hurlait, un truc de dingue alors je me suis jeté sur lui pour lui clouer le bec, pas pour lui faire du mal je voulais juste qu’il se taise, qu’il arrête de hurler comme un ouf. Il m’a mordu la main, regarde ma main. Ca te fait rien ça ? La marque de ses dents là ça te fait pas mal ? Moi ça m’a fait mal tu vois alors j’ai tapé. Pas fort je te jure. J’ai pas tapé fort. J’ai eu peur tu comprends? Je pensais pas mais j’ai eu peur qu’il réveille tout l’immeuble, j’ai cru que j’allais pas y arriver et que j’allais me faire choper. Tiens. C’est pas ce que tu voulais ? Le v’là ton putain de carnet. T’es pas contente ?
– Tu l’as peut-être tué. Si ça se trouve il est mort.
– Tu déconnes Fanny? Tu me prends pour un criminel ? J’ai juste tapé un coup, un petit coup je te dis, même pas fort.
– T’as du sang partout, pourquoi t’as du sanng là partout
– Calme toi Fanny j’ai tapé sur sur sa nuque pour qu’il la boucle je te dis, et boum sa tête est partie sur le côté, elle a été cogner un coin du bureau et il s’est ouvert l’arcade sourcilière c’est tout. Ca pisse le sang une arcade. Tu sais pas ça ? Que ça pisse le sang les arcades ? Quand t’étais môme tu t’es jamais ouvert les sourcils ? Ca fait pas mal, tu sens rien c’est juste chaud et ça pisse le sang. Il était sonné j’ai juste eu le temps de me tirer.
– T’étais pas obligé
– Pas obligé, mais tu déconnes Fanny putain tu déconnes ! On avait pas le choix c’est toi qui l’as dit. Si t’avais pas tout noté putain si t’avais pas tout écrit dans ce putain de carnet, si tu l’avais pas oublié putain, on n’en serait pas là, à chialer dans la rue comme des cons, avec cette pluie et tout ce stress, allez viens on va boire un coup, viens il pleut!
– T’étais pas obligé de lui faire du mal c’est mon père quand même putain. T’as tapé mon père tu te rends compte, t’as tapé mon père moi j’en reviens pas que t’aies osé faire ça, je te pardonnerai jamais, ça je pourrai pas te le pardonner!
– Tu me rends fou Fanny, je te jure tu me rends fou. Je me casse allez vas-y chiale avec ton cahier ton père la pluie et tout ce bordel, tu me fais chier Fanny. Moi j’en avais rien à foutre de votre histoire, rien à foutre moi, c’est pas mon problème vos histoires de famille, ton plan à la con et ta mère, je l’ai jamais vue ta mère, je la connais même pas peut être qu’elle est comme toi ta mère, folle
– Dis pas ça, t’as pas le droit de dire ça.
– Arrête de pleurer comme ça Fanny allez arrête. C’est pas mon histoire tout ce bordel. J’ai fait tout ça pour toi Fanny
– Tais toi. Et puis laisse moi. Casse-toi je te dis, t’es qu’un lâche!

– Tu peux pas faire ça Fanny, pas maintenant

SA
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– Vous êtes prêt ?
– Autant qu’on puisse l’être.
– Pardonnez moi, c’est idiot. Voulez-vous que je reste silencieuse le temps que les pilules fassent effet ?
– Non, j’aime le son de votre voix.
– De quoi voulez-vous parler ?
– Parlez moi de la précédente fois.
– Je ne suis pas sure que ce soit une bonne idée.
– Parlez moi de lui. C’était un homme n’est-ce pas ? Quel âge avait-il ?
– Le même que le vôtre à quelques mois près.
– Ah…et ça a marché ? Je veux dire, il est mort ?
– Vous avez pris les deux pilules ?
– Ca a duré longtemps ? Il a eu le temps de…
– Ecoutez, chaque cas est…pardon…c’est différent à chaque fois. Vous avez vraiment pris les deux pilules ?
– Oui, je vous assure. Ne vous inquiétez pas, ca va venir. Et vous, vous êtes prête ?
– Comment ça ?
– Ca ne doit pas être facile pour vous.
– C’est mon métier vous savez.
– Vous êtes un don du ciel. Je suis prêt, allons-y.

– Très bien, ce ne sera pas long. Vous devriez jouir vite. Votre coeur lâchera instantanément.

David Arnaiz
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– Allez, quoi… Raconte !
– Pas envie.
– D’accord. Si je résume – et arrête moi si je me trompe- : tu m’appelles alors que je n’ai aucune nouvelle depuis un an. Tu me donnes rendez-vous ici, dans cet endroit bizarre qui pue la vieille chèvre malade. Je poireaute une demie heure à cette table parce que madame est en retard, alors j’enchaîne les cafés et… Et tu arrives et tu me dis rien. Tu n’as « pas envie » !
– Pardon.
– Pardon ? Mais bordel, pardon pour quoi ? Mademoiselle ? Une bière s’il vous plaît.
On a de la seize, de la Leffe, de la despé en pression, et sinon…
– Une despé, c’est parfait.
– Ça marche.
– Donc : tu n’as pas envie. Écoute, je déteste les silences et j’ai horreur d’être pris en otage. Alors, soit tu commences à me dire pourquoi je suis là, soit je siffle ma bière et je me barre.
– Non, reste. Je vais y arriver.
– Putain, je sais pas ce qui se passe, mais ça a l’air carrément grave. Comment je peux t’aider pour que tu formules les choses ?
– Demain, j’ai rendez-vous chez les flics.
– Chez les flics ?
– Chez les flics.
– Arrête de répéter ce que je dis ! Tu vas porter plainte contre moi ? Ah ! Ca y est, j’ai compris : comme t’es une chic fille, tu m’as convoqué ici pour m’annoncer que demain tu portes plaintes contre moi !
– T’es con. Mais tu m’as fait sourire.
– Oui j’ai vu. Première fois du rendez-vous ! Ding dong ! Sonnez hautbois !
– C’est la grosse angoisse.
– Si tu vas pas porter plainte, tu y vas pourquoi, chez les flics ? Merci mademoiselle.
– Parce qu’on veut m’entendre.
– T’entendre ? C’est la meilleure ! J’espère que tu parleras un peu plus qu’aujourd’hui !
– Vaudrait mieux, ouais. Rien à voir, mais elle est originale ta coupe, j’aime bien, ça te rajeunit.
– Merci
– Welcome, darling. Bon, alors tu prends toujours rien à boire ? C’est moi qui rince, lâche-toi.
– Si, je veux bien un thé.
– Mademoiselle ! Un mojito, s’il vous plaît.
– Mais je t ‘ai dit un…
– Je sais. Trop sérieux, pas assez fort. Et puis c’est moi qui paie, alors tu bois ce que je te dis.
– T’as raison, ça va ma désinhiber.
– Voilà ! Ca fera 10 euros.
– Tenez, merci. Bon, bois quelques gorgées, je te reprends après. Quand j’y pense, c’est dingue. J’ai rien capté à ta disparition, pas un mot, pas un SMS, que dalle. Et là, tu me sonnes genre il s’est rien passé et je cours. J’y crois pas.
– Y’avait qu’à toi que je pouvais me confier.
– Et ta psy ? Tu la vois plus ?
– En vacances. Pile au bon moment. Et puis je sais pas si j’aurais pu lui dire.
– OK, donc c’est méga grave.
– Ben disons que… Ca y est, le mojito me monte au cerveau. Disons que… ça peut l’être, ça peut le devenir.
– C’est les flics de ton quartier ?
– Non, la judiciaire.
– Ah.
– Oui, comme tu dis, ah.
– T’as fait un truc grave ?
– Enfin je crois pas. Me regarde pas comme ça, tu sais très bien que je…

– Arrête, c’est de l’histoire ancienne, ça. Accouche. T’as rien fait de grave mais la PJ veut t’entendre. Tu m’expliques ?

Jean-Benoît Dumonteix
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