Il eut l’idée… par Isabelle

La consigne : après avoir pris de nombreuses notes au cours d’une promenade de 15 minutes dans les rues de Montmartre, il s’agissait pour les participants d’écrire la suite du texte ci-dessous marqué en gras. Les notes prises devaient servir d’appui pour le travail d’imaginaire.

Né à  Varsovie, Londres Moscou, ou Leningrad, capitales plus rétives, j’aurais eu des arrières mieux assurés. La Ville Lumière, la coquette, mon cocon, a coutume de se montrer bonne fille avec l’envahisseur, du moins depuis sainte Geneviève, assez mal lunée pour convaincre Attila de lever le camp. Les mauvaises têtes ne s’y bousculent pas. On compte parmi ces insoumis un mien aïeul, quoique de sexe masculin, meunier de son état, Montmartrois, et propriétaire du Moulin de la Galette, tendance ronchon. En voyant l’armée impériale Russe arriver porte de Pantin, le 30 mars 1814, il eut l’idée de peindre des flamants roses  sur les murs de son moulin et d’envoyer son petit dernier à la pharmacie qui fait l’angle, rue Berthe, pour y acheter « Ride in Peace », une potion bleutée réputée pour éloigner les aigreurs d’estomac, et les araignées sur les murs. Il recruta des choristes amateurs, les petits Poulbots, et demanda à sa fidèle amie, Dalida, qui vivait à deux pas de là, dans une maison « On dirait un château » de rassembler son sacré cœur, et de rappliquer illico presto. Le plan était simple, transformer le moulin en une vaste guinguette, appelée « Je monte, je valide », et rendre l’endroit si attractif à six lieues à la ronde que les gaillards de l’armée Xantia, ne manqueraient pas d’honorer le plancher de bois de leurs bottes ferrées.

 « Bouche dans la Joue », compère du régiment, ami de longue date de mon aïeul, obtint le premier rôle pour rendre publicité de l’évènement au-delà de la butte. Un bal était organisé, une guinguette nommée La Dégustation, des plus sophistiquées, vous attendait… Au menu : velouté de Lentille Corail.

 Un achat de Violoncelles fut organisé et la répétition, tous les soirs, donnait lieu à de nombreux alignements de Zboub, gaillards entrainés à assommer l’ennemi une fois le Ride in Peace passé dans le sang.

 Ses héros de la commune, comme Jean-Baptiste Clément – pour n’en citer qu’un – furent exemplaires, on se souvient encore c’était le temps des cerises, les fenêtres étaient bleu, blanc et rouge, l’eau ruisselait sur les pavés de la rue de la Mire, la Chouette effraie s’abattait ailes écartées sur l’ennemi.

 « Escape Hozée ! » était leur cri de guerre, casques en blancs, ils levèrent leurs violoncelles. Dalida chantait  « il n’avait pas 17 ans » ses amis Montmartrois ne l’oublieront pas.

 Les corps… nul se souvient… Orchampt… disparus, mais les grandes carrières vous connaissez

 

 

 

C’est chic !

Tu es de dos, assise, au premier plan. Tu portes une robe foncée sans manches, une de celles qu’on a retrouvées dans ta penderie, tu aimais tant les porter, avec une fermeture éclair qui prend son origine au bas des reins et termine sa mission dans ton cou. Tu portes parfaitement ce genre de vêtement, taillé dans une seule pièce de tissu, qui découpe ta taille, souligne la courbe de tes seins et te donne un air à la fois juvénile, frais et chic. Chic, ce mot prononcé par ta mère pour te décrire à chaque fois que tu portais du noir. Le noir, c’est chic, ça te va bien, elle disait avec un grand sourire et des yeux remplis d’admiration. Non, le noir c’est mortifère, c’est triste et c’est facile. Si tu veux faire sérieux et respectable, tu portes du noir, le tour est joué, tu répondais. Tu étais contente de ta répartie, tu avais balayé d’un geste l’opinion insupportable de ta mère pour qui l’apparence prévalait sur tout le reste. Il fallait avoir l’air, donner l’impression de, paraître, donner à voir, faire croire, en un mot mentir. Comme regarder la messe, religieusement, le dimanche matin à la télévision, et puis éteindre l’appareil et commencer à tailler des costards à tout le monde. Charité bien ordonnée, il paraît.