Tournesol d’Istanbul

Byzance, Constantinople. Istanbul. Ventre de foi, berceau des dieux précaires. Sang giclé de l’histoire sur les murs de la cité des hommes prosternés. Tu es marquée par le sabre courbé du Sultan Mehmet. Fatih Mehmet. Large entaille du monde de toujours, recueil des huiles du Bosphore.
Boğaziçi Köprüsü : tu es le Pont du Bosphore. Tu es ces pointillés rouges qui mènent de la terre verte aux plaines jaunes. De l’Ouest je vous observe. Proues dociles face à la Mecque. Mouillages pourpres, guirlandes au vent qui faiblit. Vous, les navires marchands aux pavillons de partout, vous ne déverserez pas ce soir vos plastiques d’usine aux portes de la ville ronde. Parce que ce soir a lieu cette cérémonie que j’ai appelée de mes vœux. L’heure de suspension où vous poserez devant moi la poésie de vos étoffes et le souffle de vos toupies blanches. Et toi, fort et beau Türk, tu chanteras pour moi les notes orientales qui font pleurer les corps endormis. Alors je sais. Je sais que vos tourbillons dessineront sans fin la rosace des trottoirs ensoleillés qui mènent au Grand Bazar.
Tu tournes la tête vers les nuages odorants. Constellation sucrée-salée d’épices ancestrales. Fumé universel de marrons chauds et de maïs grillé. Tournesol cerné de minarets, tu entends les muezzin annoncer le silence prochain. Dans cette ville-monde, tu sirotes le bleu de la vie en regardant de haut les fers brisés de la prison des 4 saisons. Vivante. Décidément libre.