La grotte

Je me souviens que tu voulais que je soulève ta robe jaune. La musique s’était tue dans cette petite ville de la page 3. Tu fantasmais sur mon poireau adolescent sans oser te l’avouer. Et moi, je préférais ta sœur jumelle, Edith. Parce que toi, t’es folle. Tu aimes le cyclisme et Marco Pantani. On peut pas aimer un maillot rose, c’est louche. T’es qu’une connasse de merde, perdue dans le labyrinthe de tes cicatrices. Jamais tu m’emmèneras dans la grotte sale par laquelle ta maman t’a vomie. Je me souviens d’une grande chaleur la première fois que je t’ai vue avec ta robe jaune. Je me déteste. Je me déteste parce que je t’aime.

je me souviens…

Je me souviens que tu es parti sans te retourner, pour la 1ère fois, ce jour là.
Je me souviens que je suis allée dans ce petit village où je suis née, pour cueillir des poireaux. Une envie de poireaux vinaigrette , va savoir pourquoi ! On n y peut rien.
Ma jumelle avait horreur de cela. Elle me regardait , écœurée, les manger, comme si j étais une extra-terrestre.
Je me souviens que j’adorais  porter ce maillot rose, qui me donnait un teint lumineux, les soirs d’hiver.
Connasse, elle m’a dit. Que lui avais-je fait ?
Je me souviens que je l’avais perdue dans un labyrinthe. Elle m’en voulait pour toujours, certainement.
Ensuite, nous avons rejoint la grotte où nous jouions petites. Elle était devenue toute petite. Maman, je n’y crois pas. C’est étrange, ces lieux de l’enfance qui deviennent tout petits quand on est grands.
Une grande chaleur m’envahit. J’ai trop bu de mojito.

Mary